Publié le 22.12.20

Renaturation : le parti pris des Landes

Dans les communes côtières des Landes, soumises aux tempêtes et aux canicules, la renaturation des espaces urbains sert à lutter contre les effets du réchauffement climatique. David Joly, chef du service voirie pour la communauté de communes de Maremne Adour Côte-Sud, revient avec nous sur les différents projets qu’il a menés pour réintroduire la nature en ville.

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Quelle place occupe aujourd’hui la nature dans les projets d’aménagement des communes MACS ?

MACS* est une communauté de 23 communes du sud des Landes, liées par le fleuve Adour et l’activité agricole. Dans ces communes côtières, il n’y avait jusqu’à maintenant aucune réflexion sur la place de la nature. C’est en effet un territoire très végétalisé mais à mesure que de nouveaux riverains s’installent, des arbres sont coupés sans que d’autres soient ensuite replantés. Alors que personne n’essaye de reconstruire le paysage, nous essayons d’être exemplaires, notamment en finançant jusqu’à 50% des projets de désimperméabilisation et de traitement naturel des eaux de pluie. Nous privilégions une végétation liée à l’absorption de l’eau, le creusement de noues et la mise en terre naturelle. 

Faut-il préserver et favoriser la biodiversité urbaine ? Sous quelles formes ?

Les élus réagissent en comprenant que le réchauffement climatique provoque l’évaporation de l’humidité présente dans l’air et dans les sols, entraînant la formation de violentes tempêtes. C’est pour nous la principale conséquence du réchauffement climatique : des tempêtes qui entraînent des coûts de réparation et d’entretiens très importants, autant de biens publics que privés. Alors les premiers à réagir sont en fait les assureurs ! 

Nous devons replanter pour que l’eau reste dans les sols et ne soit pas restituée dans l’atmosphère. Il y a aussi un apport social très important dans la renaturation qu’il ne faut pas négliger. Quand les habitants se rendent dans un espace végétalisé, ils changent d’état d’esprit : la nature apaise et crée du bien-être. La population est attachée aux paysages naturels que l’on travaille collectivement. Notre mission, c’est donc de recréer des espaces qui intègrent une fonction écologique (avec le filtrage des sols) mais aussi une fonction sociale.

En quoi la renaturation apparaît comme une solution durable pour aider les villes à aller vers plus de sobriété ?

Pour les communes côtières comme les nôtres, la pollution est d’autant plus flagrante après analyse de la qualité des eaux de baignades. Pour garantir une meilleure qualité de ces eaux, nous réalisons maintenant des parkings végétalisés. Sans eux, les eaux de ruissellement le long des routes partent en rivière entraînant avec elles les déjections canines, les mégots de cigarettes et les hydrocarbures de lessivage. Notre objectif est de limiter l’utilisation de tuyaux qui emmènent traditionnellement l’eau jusqu’à son exutoire naturel, puisque c’est une solution polluante alors que le filtrage naturel des eaux nous aide à réaliser des économies. Plus ce qu’on rejette dans la nature est déjà propre, plus on fera des économies dans le traitement de notre eau potable et dans la qualité de nos eaux de baignade. 

Observez-vous aussi un effet sur les îlots de chaleur ?

On remarque en effet qu’en végétalisant, les températures ambiantes chutent. Alors qu’en été l’asphalte fond sous la chaleur du soleil, les arbres nous aident à perdre de précieux degrés celsius. Ce qui nous permet par ailleurs d’avoir des espaces durables et de suspendre l’utilisation des climatiseurs. Sans plantations supplémentaires, toutes les maisons devront avoir des climatisations, ce qui serait une catastrophe écologique. Nous avons eu l’exemple récemment avec des instituteurs qui voulaient installer des climatiseurs dans les salles de classe puisqu’il faisait trop chaud en été. Nous avons alors planté des arbres près des fenêtres de l’école. En été les feuilles font de l’ombre et en hiver les branches laissent passer le soleil. C’est très simple à mettre en place et peu coûteux ! On revient ainsi à des solutions anciennes qu’on avait jusqu’ici oubliées. De même pour la gestion de l’eau : tous les pins ont été coupés ces dernières années, ce qui nous a conduit à des problèmes de montée des eaux en zone urbaine. Nous avons donc replanté les pins puisque ce sont eux qui pompent l’eau dans les sols.

Pourriez-vous revenir sur les opérations de renaturation mises en place à Capbreton sur la place de la gare et les berges ?

L’important est de reconquérir les espaces destinés aux voitures et tous les espaces publics inutilisés. Le rond-point de la gare à Capbreton était par exemple entièrement destiné aux voitures. Nous l’avons reconquis pour en faire autre chose. Mais d’abord, le premier projet que l’on a réalisé concernait l’avenue Clemenceau à Capbreton. Il y avait une piste cyclable, une bande d’herbe et une route, mais aucun lien entre ces différents espaces. Il suffisait pourtant de couper une bordure pour que l’eau vienne naturellement arroser l’espace vert afin de végétaliser par la suite. Nous avons facilement recréé un espace vert sous la forme d’une noue où les jardiniers ont planté différentes espèces de plantes et d’arbustes. C’est un projet qui donne aussi du sens au travail de nos jardiniers, qui n’ont même plus besoin d’arroser. Nous avons suivi également l’exemple d’autres communes qui ont fait le choix de naturer les pieds d’immeubles. Ce sont des opérations citoyennes où nous invitons les habitants à venir planter des venelles avec l’aide de nos services. 

Venons-en maintenant au rond-point de la gare qui a été dimensionné pour permettre aux véhicules de rouler à 50km/h. Pour le réaménager, on s’est demandé ce qui se passerait si on passait la limitation à 30km/h. Nous avons eu un parti pris paysager : nous voulions faire entrer la forêt dans la ville pour qu’elle soit la plus perméable possible. Mais nous avons en réalité vendu le projet grâce à la construction de 80 places de stationnement à l’entrée du bourg… Toutefois, les voies d’accès qui mènent aux places sont réalisées avec du béton drainant pour que l’eau s’infiltre naturellement dans le sol. Les places elles-mêmes sont réalisées en aiguilles de pins, ce qui les rend perméables et peu coûteuses. Toute la topologie du projet a été étudiée pour évacuer l’eau le plus efficacement possible. Alors que le rond-point était imperméable à 100%, nous en avons perméabilisé plus de 60% avec nos aménagements. La noue centrale permet également de capter toutes les eaux du quartier avoisinant.

Enfin, avec les berges, notre idée était de casser le béton pour ensuite végétaliser. C’était un projet très compliqué parce que tout le monde sait réaliser une berge en béton, mais la berge végétalisée rentre dans le cadre du génie écologique qui est difficile à maîtriser. C’était aussi un projet difficile à faire passer au niveau politique puisqu’il supposait de réduire les places de stationnement, ce qui n’est jamais populaire. Mais maintenant les habitants sont très satisfaits de l’aménagement des berges qui contient une promenade végétalisée au bord du fleuve.

Quels sont les enseignements que vous avez pu tirer de cette opération ?

Le premier enseignement évident est qu’il faut faire de la concertation, et même de la coproduction de projet avec les riverains. Cela rassure aussi les élus qui seront moins frileux par la suite. Sans cela, il faut constamment les accompagner, les convaincre jusqu’à la finalisation des projets pour être sûr qu’ils ne se retournent pas au dernier moment. Certains élus peuvent parfois subir des pressions, c’est ce qu’il s’est passé pour le rond-point de la gare. Un habitant s’est plaint un peu violemment d’avoir les pieds mouillés en sortant de la voiture, ce qui a failli entraîner l’annulation du projet tout entier.

Il faut partager intelligemment les raisons du projet aux habitants. Il faut leur donner des exemples très concrets sans être dogmatiques. Pour certaines personnes, le réchauffement climatique est nébuleux, il ne représente pas un problème immédiat. Nous devons alors leur montrer la vision d’ensemble : certains événements naturels comme les inondations ou les canicules n’arrivent pas par hasard…

 

*Angresse / Azur / Bénesse-Maremne / Capbreton / Josse / Labenne / Magescq / Messanges / Moliets-et-Maâ / Orx / Saint-Geours-de-Maremne / Saint-Jean-de-Marsacq / Saint-Martin-de-Hinx / Saint-Vincent-de-Tyrosse / Sainte-Marie-de-Gosse / Saubion / Saubrigues / Saubusse / Seignosse / Soorts-Hossegor / Soustons / Tosse / Vieux-Boucau.

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