
Handicap : quand les aménagements profitent à toute la population
Pascale Ribes présidente d'APF France handicap
Vingt ans après la loi Handicap 2005, où en est-on réellement ? Si les retards se sont accumulés, des pistes concrètes émergent pour construire des villes plus inclusives.
À RETENIR
- Vingt ans après la loi Handicap de 2005, l’accessibilité reste incomplète : seul un établissement recevant du public sur deux est pleinement accessible, malgré des avancées sectorielles comme dans les transports ou le numérique.
- Les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont démontré qu’une inclusion généralisée est possible quand les moyens sont mobilisés à tous les niveaux, offrant un exemple concret d’accessibilité réussie.
- L’accessibilité profite à l’ensemble de la population et s’inscrit dans une logique de qualité de vie collective, rejoignant les principes du design universel et de la transition écologique.
- Pour accélérer le changement, l’APF France handicap propose des mesures concrètes, comme conditionner les aides à la mise aux normes, renforcer les contrôles et favoriser la concertation locale dès la conception des projets.
En 2025, près de 12 millions de Français déclarent vivre avec un handicap, soit environ 18 % de la population, selon l’Insee. Un rappel utile pour mesurer l’ampleur du défi collectif. En 2005, la loi Handicap avait posé un cadre ambitieux : rendre accessibles à tous les établissements recevant du public (ERP), transports, logements et services. Vingt ans plus tard, le bilan demeure contrasté avec un ERP sur deux pleinement accessible, selon les chiffres de l’APF France handicap. « Malgré la loi, les personnes en situation de handicap sont encore trop souvent empêchées dans leur quotidien », observe Pascale Ribes, présidente de l’association.
Des avancées à géométrie variable
Selon l’association, les difficultés ne tiennent pas seulement à la complexité des normes : « le principal frein tient à un manque de volonté politique et à la faiblesse des investissements publics et privés pour une réelle mise en accessibilité », note encore Pascale Ribes.
Tous les secteurs ne sont en effet pas au même niveau. Le numérique, par exemple, a montré une capacité d’adaptation plus rapide. Sites web et services en ligne commencent à intégrer les standards d’accessibilité, parfois sous la pression des directives européennes. Les transports ont également progressé, notamment grâce aux tramways ou à certaines modernisations de réseaux urbains. Grenoble, Rennes ou Strasbourg montrent ici la voie, preuve que la modernisation des réseaux peut transformer l’expérience urbaine. À l’inverse, il reste encore des marges de progression possibles dans l’aménagement urbain et le logement en matière de politique d’accessibilité.
2024, la preuve par l’exemple
Les Jeux de Paris ont constitué un tournant symbolique. Pour la première fois, la question de l’inclusion a été envisagée de manière globale, l’événement ayant offert un aperçu de ce que pourrait être une société réellement inclusive. Sites sportifs, transports, village des athlètes, hôtels, accueil touristique : tout a été pensé pour permettre la participation de toutes et tous. « Les Jeux ont prouvé que l’inclusion est réalisable quand des moyens humains et financiers sont mobilisés à tous les niveaux », reconnaît-on au sein de l’APF France handicap.
L’événement a également permis de sensibiliser le grand public à la question du handicap : 4 400 para-athlètes venus de 184 pays ont pu se déplacer, s’héberger et concourir dans des conditions inédites d’accessibilité. De nombreux acteurs de la construction ont d’ailleurs contribué à ce succès en intégrant des standards d’accessibilité renforcés dans la conception des infrastructures.
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Accessibilité : un bénéfice partagé
Reste donc à transformer l’essai et à faire en sorte que la ville post-2024 poursuive sur cette lancée. Car il faut le répéter : l’accessibilité n’est pas une politique sectorielle, il s’agit d’un principe transversal, au cœur de la qualité de vie urbaine. Comme le rappelle l’APF France handicap, « une ville accessible profite à tout le monde : aux personnes âgées, aux familles avec poussettes, aux voyageurs chargés de bagages, et plus largement à tous les citoyens dans leur vie quotidienne ».
Ce constat rejoint les recherches internationales sur le « design universel » : investir dans l’accessibilité revient à investir dans la qualité de vie collective, c’est-à-dire dans une ville plus fluide, plus sûre et plus agréable. À l’heure où les collectivités s’engagent dans la transition écologique et la requalification des espaces publics, intégrer cette dimension dès la conception est une manière d’investir dans le vivre-ensemble.
Innovations locales et leviers d’accélération
Pour sortir de l’immobilisme, l’APF France handicap avance ainsi plusieurs propositions : garantir le droit fondamental à l’accessibilité, conditionner les aides publiques à la mise aux normes, renforcer les contrôles et les sanctions en cas de manquement, soutenir la mise en accessibilité des commerces de proximité, ou encore simplifier l’enregistrement des véhicules adaptés dans les zones à faibles émissions. L’association rappelle aussi que l’accessibilité est un gisement créateur d’emplois locaux et non délocalisables, bénéfique pour l’économie locale. « Ce sont des travaux, des aménagements qui profitent à toute la population, c’est un confort pour certains, mais une nécessité absolue pour bien d’autres », argumente Pascale Ribes.
Pour la présidente de l’association, la clé réside donc dans la concertation. « Les meilleurs résultats arrivent toujours après les dialogues, la mise en commun d’expériences et le respect de la législation dès la conception d’un projet. La qualité d’usage naît d’échanges locaux, sur le terrain. Les échanges qui peuvent avoir lieu au niveau national, organisés par la délégation interministérielle à l’accessibilité*, permettent justement de mettre en commun des pratiques professionnelles et les retours des utilisateurs et ainsi de faire progresser le niveau d’expérience ».
Une accessibilité universelle : horizon ou utopie ?
Pascale Ribes le rappelle : « l’horizon avec une accessibilité universelle est possible s’il y a une vraie, une réelle volonté politique en place ». L’enjeu est d’inscrire l’accessibilité dans une logique de long terme, où chaque projet urbain devient une opportunité d’améliorer la vie de tous. Pour les élus, cette transformation représente une formidable opportunité : celle de repenser la ville autour de la notion de « care urbain », une ville qui prend soin de chacun de ses habitants.
L’accessibilité universelle désigne la conception d’environnements, de produits et de services utilisables, de manière équitable et autonome, par toutes les personnes, quelles que soient leurs capacités ou leurs limitations.
*Délégation placée sous l’autorité conjointe des ministères chargés des solidarités, des personnes handicapées, de la cohésion des territoires, du logement, des transports, de l’économie et de la fonction publique.



