
À Riec-sur-Bélon, le logement au cœur du dernier mandat du maire
Sébastien Miossec, maire de Riec-sur-Bélon Maire de Riec-sur-Bélon
Après dix-huit ans à la tête de Riec-sur-Bélon, Sébastien Miossec ne se représentera pas aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Élu à 25 ans dans cette commune littorale du Finistère sud, il en a aujourd’hui 43. Avant de passer la main, le maire sortant dresse un constat net : le logement est devenu le sujet central.
À RETENIR
- À Riec-sur-Bélon, le maire sortant Sébastien Miossec, après dix-huit ans de mandat, identifie le logement comme l’enjeu central de la commune à l’approche des élections municipales.
- Les prix du foncier ont fortement augmenté, passant de moins de 50 €/m² il y a quinze ans à plus de 100 €/m² avant le Covid, avec une hausse accentuée après la crise sanitaire par l’arrivée d’acheteurs extérieurs disposant d’un capital plus élevé.
- Le marché est déséquilibré : de grandes maisons sont souvent occupées par des personnes seules âgées, tandis que les familles peinent à trouver un logement, d’où la volonté municipale de développer de petits logements locatifs en centre-bourg.
- La commune agit par plusieurs leviers : surtaxe de 60 % sur les résidences secondaires, projets d’aménagement d’une cinquantaine de logements, rénovation de logements dégradés et appel à davantage d’autonomie locale pour gérer les politiques de l’habitat.
Une hausse brutale des prix depuis la crise sanitaire
Lorsque Sébastien Miossec devient maire en 2008, la pression foncière existe déjà. Riec-sur-Bélon attire. Située à trente minutes de Lorient et de Quimper, la commune reste toutefois accessible, tout en offrant le littoral et un cadre naturel recherché. « Le prix du foncier n’a jamais baissé », rappelle-t-il. Il y a quinze ans, le terrain nu aménagé s’échangeait à moins de 50 euros le mètre carré. Avant le Covid, le seuil des 100 euros était déjà atteint. Mais la rupture intervient après la crise sanitaire. Des nouveaux acheteurs venus de plusieurs grandes villes de l’Ouest ou d’Île-de-France vendent leur logement en ville, arrivent avec un capital plus élevé et se positionnent rapidement. « Un petit bout du volume d’acheteurs nouveaux est venu bousculer les prix. » Riec-sur-Bélon ne connaît pourtant pas d’explosion des résidences secondaires. Elles représentent 16 % du parc, environ 450 logements, un chiffre stable depuis quinze ans. Mais la tension sur le marché principal suffit à déséquilibrer l’ensemble.
Des maisons familiales occupées par des personnes seules
Le déséquilibre est aussi démographique. « On a une dissociation très forte entre la taille des logements et la taille des ménages », explique le maire. Selon le diagnostic réalisé pour le futur programme local de l’habitat, « autour de 60 à 65 % des ménages d’une seule personne habitent dans des T4 et plus ». De grandes maisons occupées par une personne seule, souvent âgée.
De plus, peu de rotation, d’où une offre disponible insuffisante, et des familles qui peinent à s’installer. Le défi est donc double : produire des logements plus petits et faciliter la mobilité résidentielle. « Le gros enjeu, c’est de produire du petit logement, plutôt du locatif, en centralité », détaille-t-il. L’idée est simple : permettre à des seniors de se rapprocher des services, dans des logements adaptés, et libérer ainsi des maisons qui sont tout à fait adaptées aux familles. Mais produire n’est pas évident. Quand il est devenu maire, les acteurs privés s’intéressaient peu à la commune. La municipalité a donc longtemps porté elle-même quelques opérations, avec l’aide d’acteurs publics. Depuis le Covid, les promoteurs privés sont plus présents, mais ils privilégient la maison individuelle en lot libre, pas les petits logements en cœur de bourg. La commune a donc signé avec une structure publique d’aménagement (la SEMBREIZH) une concession d’aménagement sur huit à dix ans pour créer une cinquantaine de logements en centre-ville. En parallèle, elle mobilise une opération de renouvellement urbain pour traiter la situation spécifique de quelques propriétés dégradées : aides renforcées pour rénover, procédures plus fermes si les situations restent bloquées.
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Fiscalité, régulation et demande d’autonomie
Sur les résidences secondaires, la municipalité a actionné le levier fiscal. Une surtaxe de 60 % sur la taxe d’habitation rapporte « de l’ordre de 80 000 euros par an » depuis trois ans. Ces recettes sont réinjectées dans les projets d’habitat.
Le plan local d’urbanisme intercommunal en cours de révision intégre aussi des servitudes de résidence principale dans les zones à urbaniser. Une obligation de déclaration des meublés de tourisme a été votée pour permettre, si nécessaire, une régulation future.
Mais pour Sébastien Miossec, la question dépasse l’échelle communale. « L’État nous en demande plus, mais il ne nous laisse pas faire plus », estime-t-il. Il plaide pour que les intercommunalités puissent piloter directement les aides à la rénovation énergétique notamment. « Confiez-nous l’enveloppe et nous la gérerons de A à Z, en faisant sûrement mieux avec les mêmes moyens financiers que l’État mobilise » assure-t-il.
À Riec-sur-Bélon, le logement restera sans nul doute un dossier prioritaire pour la prochaine équipe. Les outils sont en place. Les projets sont lancés. Reste à les mener jusqu’au bout.



