
À Cahors, une stratégie de terrain pour attirer les médecins
Vivien Coste, maire de Cahors
À RETENIR
- Cahors anticipe le risque de désert médical lié au vieillissement des praticiens et aux futurs départs à la retraite, même si la ville n’est pas encore en situation de forte pénurie.
- La Ville et le Grand Cahors développent une réponse collective mêlant centre de santé, médecins salariés, initiatives associatives, investissements privés et soutien institutionnel.
- Le futur campus santé prévoit 27 logements pour internes afin d’améliorer leur accueil et de favoriser leur installation durable sur le territoire.
- La stratégie d’attractivité repose aussi sur le cadre de vie, l’identification des étudiants originaires du Lot et le possible recrutement d’un chargé d’attractivité médicale.
Face au risque de désert médical, Cahors veut agir avant la rupture. Logements pour internes, médecins salariés, centre de santé : la Ville, le Grand Cahors et leurs partenaires testent une stratégie concrète pour attirer les médecins et les convaincre de rester.
À Cahors, dans le Lot, la mairie veut éviter que la ville ne bascule en désert médical. Élu au premier tour des élections municipales en mars dernier, le maire, Vivien Coste fait de la santé l’un des axes forts de son mandat, même si ce domaine ne relève pas historiquement des compétences communales. Son objectif est clair : attirer les médecins avant que les départs à la retraite des praticiens du territoire ne fragilisent l’accès aux soins. Pour y parvenir, la Ville mise sur plusieurs leviers : centre de santé, salariat médical, logements pour internes et mobilisation d’acteurs publics comme privés.
Un désert médical que Cahors veut éviter avant la rupture
Le constat, à Cahors, n’est pas encore celui d’une ville privée de médecins. Mais la mairie voit venir le risque. « On ne peut pas considérer que la ville soit sous-dotée ou fondamentalement en tension », explique Vivien Coste. Le problème est ailleurs : « le contrôle risquait d’être perdu compte tenu de la pyramide des âges ». À Cahors, une part importante des praticiens approche de la retraite. Le sujet n’est donc pas seulement le nombre de médecins disponibles aujourd’hui, mais la capacité du territoire à encaisser les départs de demain.
Car un médecin qui part ne se remplace plus mécaniquement par un médecin. Vivien Coste rappelle qu’un généraliste libéral d’ancienne génération pouvait travailler 60 à 72 heures par semaine. Lorsqu’il cesse son activité, « il faut imaginer deux à trois praticiens pour en réalité pouvoir exercer le même niveau d’activité ». C’est cette équation qui inquiète la ville : le nombre de praticiens compte, mais leur manière d’exercer compte tout autant.
Face à cette trajectoire, Cahors a choisi de sortir du rôle classique d’une commune. « J’ai jugé utile de mobiliser la collectivité, mais pas seulement elle, pour pallier les difficultés et le désengagement du régalien », affirme le maire. La formule dit beaucoup de la période actuelle. Dans les villes moyennes, l’accès aux soins devient un service essentiel, au même titre que le logement, la sécurité ou le commerce. Même sans compétence directe, les maires se retrouvent en première ligne.
Une réponse collective pour éviter la rupture médicale
La première réponse visible est l’ouverture d’un centre de santé en centre-ville, porté par le Grand Cahors et la Région Occitanie dans le cadre du dispositif Ma Santé, Ma Région. Des médecins y exercent sous statut salarié. Ce modèle répond à une attente de plus en plus forte chez une partie des jeunes praticiens : des horaires plus lisibles, un cadre collectif et moins de tâches administratives.
Cahors ne mise toutefois pas sur un seul outil. Vivien Coste cite aussi l’association Agir pour mieux vivre, qui a ouvert un centre de santé destiné aux patients sans médecin traitant, avec une logique de régulation des urgences. Il mentionne une maison médicale née d’un investissement privé dans un quartier de Cahors, ainsi que le centre ophtalmologique Honoré–Cave à Cahors Sud, appelé selon lui à accueillir jusqu’à 100 000 patients par an autour de douze spécialistes des yeux. L’approche est pragmatique : public, associatif, privé, chacun apporte une pièce à l’édifice.
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Attirer les médecins en misant sur les internes et le cadre de vie
Le projet le plus emblématique reste le futur campus santé. En chantier, il doit accueillir 27 logements pour des internes hospitaliers et des internes en médecine de ville. La mise en service est prévue d’ici à la fin de l’année. Le principe est simple : offrir de bonnes conditions d’accueil aux jeunes soignants, puis tenter de transformer leur passage en installation durable. « On commence à les attirer pour espérer les retenir », résume Vivien Coste.
Le financement de ce campus montre aussi la méthode cadurcienne. L’opération associe l’État, l’Agence régionale de santé, la Région Occitanie, le Département du Lot, la Ville de Cahors, le Grand Cahors et le centre hospitalier. Derrière les 27 studios, il y a donc un montage patient, presque un travail de couture administrative, pour faire tenir ensemble des acteurs qui n’ont pas toujours les mêmes priorités.
Cette stratégie repose sur une conviction : l’internat est une porte d’entrée vers l’installation. Le centre hospitalier de Cahors accueille chaque semestre entre 25 et 35 internes. Certains repartent. D’autres restent. Le maire cite l’exemple d’un médecin gériatre récemment installé après être passé par l’internat, et rappelle que deux médecins de son équipe municipale ont eux aussi découvert Cahors par cette voie.
Pour convaincre ces jeunes praticiens, Cahors ne vend pas seulement un poste. Elle met en avant un équilibre de vie. « Le logement, le cadre de vie, l’offre culturelle, sportive, l’environnement contribuent pour beaucoup à offrir l’équilibre de vie que recherchent désormais les jeunes générations », insiste Vivien Coste.
La suite se joue déjà. Le maire veut identifier les étudiants en médecine et en dentaire originaires du Lot, notamment dans les écoles de médecine de Toulouse et Limoges, pour les accompagner sous condition d’une future installation. Il évoque aussi la création d’une option « ambition études santé » dans un lycée cadurcien, ainsi que le recrutement possible d’un chargé d’attractivité médicale.



