Cactus
Publié le 03.11.26 - Temps de lecture : 4 minutes

Et si la ville de demain s’inspirait des cactus?

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Face à des canicules toujours plus longues et intenses, la végétalisation ne suffit plus à rafraîchir les villes. Avec son concept de « ville cactus », Philippe Rahm, architecte et maître de conférences à l’École Nationale Supérieure d’Architecture (ENSA) de Versailles, propose de s’inspirer du vivant et des villes des régions arides : stocker l’eau de pluie pour la réutiliser en période de sécheresse et rafraîchir les espaces urbains.

À retenir

  • L’été 2026 est officiellement l’été le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, selon le bilan climatique de Météo-France.
  • Les arbres subissent un stress lorsque la température dépasse 35 °C et, sans ombre ni évaporation, ils ne rafraîchissent plus la ville ni leurs habitants de la même manière.
  • Le principe de la « ville cactus », développé par l’architecte Philippe Rahm, pourrait constituer une solution : il consiste à s’inspirer des capacités du cactus à survivre en milieu hostile en stockant l’eau de pluie, qu’il réutilise ensuite en période de sécheresse.
  • Ce concept consiste à dévier les gouttières des toits vers des réservoirs de stockage, remplis en hiver et au printemps lorsque les pluies sont abondantes. Une solution peu coûteuse, déjà utilisée dans certaines régions du Sud et dans les zones désertiques.

Après la canicule de cet été, la végétalisation reste-t-elle la meilleure réponse pour rafraîchir les villes ?

Lors de la dernière canicule, qui a finalement duré du printemps à l’été, on a vu les feuilles des arbres jaunir à Paris et tomber en plein mois d’août. Les arbres subissent en effet un stress lorsque la température dépasse 35 °C. Et s’ils ne trouvent plus d’eau dans les sous-sols, ils peuvent réduire, voire arrêter leur transpiration afin de conserver l’eau à l’intérieur de leurs tissus et survivre. Ils finissent alors par sacrifier leurs feuilles, qui jaunissent et tombent parce qu’elles ne sont plus suffisamment alimentées en eau.

Si les arbres n’évaporent plus d’eau et qu’ils ont perdu leurs feuilles, alors tout le principe de rafraîchissement urbain mis en œuvre par Alphand, le paysagiste d’Haussmann durant la seconde moitié du XIXe siècle, est remis en cause. Sans ombre et sans évaporation, l’arbre ne rafraîchit plus la ville ni ses habitants de la même manière.

On comprend alors que planter des arbres en ville n’est pas une solution miracle. Il va falloir diversifier les essences, privilégier des arbres plus méditerranéens et mieux adaptés à l’évolution du climat, et sans doute développer d’autres dispositifs pour rafraîchir la ville et les bâtiments.

C’est ici que les stratégies architecturales mises au point dans les régions arides du sud de l’Italie ou du nord de l’Afrique, où les fortes chaleurs estivales sont connues depuis longtemps, deviennent une source d’inspiration précieuse pour concevoir les habitations du futur à Paris. C’est ce que nous essayons de faire dans nos projets : repenser la composition urbaine et l’architecture en fonction d’un climat de plus en plus marqué par des caractéristiques méditerranéennes. Ainsi, notre projet urbain pour la ville d’Aix-en-Provence, qui porte sur un nouveau quartier dont nous avons redessiné le plan masse, vise à prendre en compte ces températures estivales extrêmement élevées et à en limiter les effets.

Le concept de la « ville cactus » que vous avez développé pourrait-il être une solution ?

Le principe de la « ville cactus » part du constat que le climat français évolue et que le pays est désormais confronté à des épisodes de canicule et de sécheresse plus fréquents. Les températures deviennent extrêmement élevées en été, dépassant parfois les 37 °C, tandis que la ressource en eau se raréfie.

On se retrouve ainsi dans des conditions climatiques qui rappellent celles observées autrefois dans certaines régions de Tunisie ou d’Ouzbékistan, caractérisées par un climat aride. Or, dans ces territoires, les villes et les habitations récupéraient traditionnellement les eaux de pluie en hiver et au printemps afin de les stocker dans des réservoirs souterrains et de les réutiliser durant l’été pour rafraîchir les habitations.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de régions ayant déjà appliqué ce principe ?

C’est notamment le cas dans la médina de Tunis, où les eaux de pluie sont récupérées et stockées dans un réservoir situé sous le patio, accessible par un puits. En été, en fin d’après-midi, les habitants puisaient cette eau pour asperger le patio et faire baisser la température générale de la maison.
Ce principe de stockage de l’eau se retrouve également dans les maisons des Pouilles, dans le sud de l’Italie, notamment dans les trulli, qui possèdent des réservoirs sous la pièce principale, parfois aussi vastes que celle-ci. De la même manière, à Matera, les eaux de pluie sont récupérées durant l’automne et l’hiver afin de pouvoir être utilisées pendant les périodes chaudes.

Cette approche pourrait inspirer les villes et les habitations d’Europe de l’Ouest, aujourd’hui confrontées à des canicules et à des sécheresses plus fréquentes: stocker les eaux de pluie en hiver et au printemps pour les utiliser en été.

C’est finalement le même principe que celui des cactus ou des baobabs, ces plantes capables de stocker l’eau dans leurs tissus. Les cactus sont volumineux et les baobabs particulièrement épais parce qu’ils emmagasinent d’importantes quantités d’eau. Lorsque surviennent la sécheresse et les fortes chaleurs, ils puisent dans ces réserves pour assurer leur survie.


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Ce concept peut-il être facilement appliqué à nos territoires ?

Ce principe pourrait être mis en œuvre assez facilement en France. Il existe déjà dans le commerce des réservoirs destinés au stockage de l’eau de pluie, qui pourraient par exemple être installés dans les caves des immeubles parisiens.

Les gouttières récupérant l’eau tombant sur les toits pourraient être raccordées à ces réservoirs. Ceux-ci seraient remplis durant l’hiver et le printemps, puis utilisés en été pour arroser les cours, les plantations et les sols, contribuant ainsi à réduire les températures.
Je pense notamment aux nombreuses cours intérieures présentes dans les îlots d’immeubles parisiens. Les équipements nécessaires existent déjà et sont couramment utilisés.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur son fonctionnement et son coût ?

Concrètement, il s’agit de dévier les gouttières des toits vers des réservoirs de stockage en plastique installés dans les caves. Ceux-ci pourraient être remplis durant l’hiver et le printemps, lorsque les précipitations sont abondantes. Une fois pleins, l’excédent d’eau continuerait d’être dirigé vers le réseau d’assainissement.

Le dispositif est relativement simple à mettre en œuvre et reste peu coûteux. En réalité, il repose sur une pratique traditionnelle autrefois très répandue dans les villes du sud de l’Europe et d’Afrique du Nord, ainsi que dans les régions désertiques ou soumises à des climats arides.

Il s’agit moins d’une innovation technologique que de la réadaptation d’un savoir-faire ancien aux nouvelles conditions climatiques auxquelles nos territoires sont désormais confrontés.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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