
Crise du logement : ces solutions locales que les maires peuvent activer dès aujourd’hui
Au lendemain des élections municipales, la crise du logement s’impose comme un enjeu central pour les élus locaux. Face à l’urgence, les maires cherchent des solutions concrètes. Sur le terrain, certaines initiatives montrent déjà comment produire vite et autrement.
À RETENIR
- La crise du logement s’impose comme une priorité majeure pour les maires, avec 70 % des Français déclarant des difficultés à se loger et 61 % des élus plaçant cet enjeu en tête de leurs actions.
- Certaines communes agissent rapidement en réhabilitant des bâtiments existants, comme à Bormes-les-Mimosas où des logements abordables ont été créés pour les travailleurs saisonniers afin de soutenir l’économie locale.
- Des initiatives rurales, comme à Lamontjoie, transforment des bâtiments inutilisés en logements pour apprentis, facilitant l’accès à la formation et répondant aux besoins de main-d’œuvre locale.
- D’autres projets ciblent des publics spécifiques, tels que les travailleurs mobiles à Châteauroux, avec la reconversion d’une chapelle en appartements meublés pour des séjours temporaires.
Elle s’est imposée, sans surprise, au cœur des dernières élections municipales : la crise du logement. En décembre dernier déjà, le baromètre Odoxa réalisé pour le compte de Nexity donnait le ton. Près de 70 % des Français y déclaraient qu’il est difficile de se loger dans leur commune. Un constat largement partagé, qui s’est invité dans les urnes. Pour une majorité d’électeurs, la question du logement est devenue un critère de vote.
Côté élus, l’enquête révélait alors que 61 % des maires en place faisaient de la production de logements une priorité. Depuis, les équipes municipales ont été renouvelées. Mais l’équation n’a pas changé. Les nouveaux maires héritent d’une pression immédiate. Dans ce contexte, certaines collectivités ont déjà ouvert des pistes, en s’appuyant sur l’existant et sur des dispositifs simples à mettre en œuvre.
Produire vite, au plus près des besoins
Dans les territoires touristiques, la crise du logement prend une forme particulière. L’emploi est là, parfois en tension, mais les logements manquent. Résultat : des postes non pourvus, faute de solutions pour loger les salariés.
À Bormes-les-Mimosas, dans le Var, la municipalité a choisi d’agir directement. Comme dans de nombreuses communes côtières, l’accueil des saisonniers est devenu un défi structurel. Ces travailleurs, indispensables à l’économie locale, peinent à se loger à proximité de leur emploi, dans un marché largement capté par les résidences secondaires et les locations touristiques.
La réponse a été concrète : la commune a engagé la réhabilitation de trois bâtiments communaux pour les transformer en hébergements meublés dédiés aux saisonniers aux loyers abordables, inférieurs aux prix du marché. Ce projet a été mené en partenariat avec Action Logement, l’AIVS « Le Toit » et SOLIHA Var. La sélection des bénéficiaires est assurée par un comité réunissant la commune, SOLIHA Var et Action Logement. Les logements sont exclusivement réservés aux entreprises locales et à leurs salariés saisonniers. L’objectif est double : proposer une offre accessible financièrement et sécuriser les recrutements dans les secteurs clés du territoire.
Dès l’été 2025, 7 logements ont ainsi été proposés à la location. Ces logements, pensés pour des séjours de quelques semaines à quelques mois, permettent d’apporter une solution immédiate à un besoin identifié. La commune a été récompensée du Prix Territoria Bronze pour cette initiative.
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Utiliser l’existant pour répondre à des besoins ciblés
À Lamontjoie, dans le Lot-et-Garonne, la réponse s’est construite autour d’un problème concret : loger des apprentis. « Des jeunes qui veulent devenir boulanger, plombier, coiffeur il y en a plein. Mais nous, ici, on est à 25 kilomètres d’Agen où se trouvent les centres de formation. C’est un frein énorme », expliquait il y a quelques mois Pascal Boutan, maire de la commune depuis 2008, aux équipes de la Fédération française des trucs qui marchent. Depuis, il a été réélu.
Dans le département, 600 apprentis étaient recherchés, dont deux tiers en zone rurale. Faute de logement à proximité, certains jeunes renonçaient. Pour la commune, l’enjeu dépassait la seule formation. « Lamontjoie est un village vivant, oui. Mais la question, c’est : est-ce qu’il le sera encore dans 10, 20, 30 ans ? », interrogeait l’élu.
La solution a consisté à transformer là aussi un bâtiment existant. Un ancien garage de poste a été réhabilité en deux logements meublés et équipés, réservés aux apprentis. Le projet s’inscrit dans un dispositif plus large : 11 communes ont mis à disposition d’un bailleur social des bâtiments pour créer ce type de logements.
Le montage repose sur une répartition claire des rôles. La commune met à disposition le bâti. Le bailleur finance les travaux et assure la gestion. À la clé, des loyers à partir de 100 euros par mois, compatibles avec les revenus d’un apprenti.
À Lamontjoie, les deux logements ont été occupés en continu depuis leur mise en service. Pour les artisans locaux, l’effet a été direct : une main-d’œuvre disponible, à proximité.
Dans un autre registre, certaines collectivités ont transformé des bâtiments atypiques pour répondre à des besoins spécifiques. À Châteauroux, dans l’Indre, la chapelle Saint-Denis, fermée depuis des années, a trouvé une nouvelle vie. Construite en 1890, elle avait successivement accueilli une poterie, une filature, un hospice, puis un centre gériatrique, avant de fermer définitivement en 2006. Pendant plus d’une décennie, le bâtiment est resté vide.
En 2022, la municipalité décide de le reconvertir. Objectif : répondre à un besoin identifié de logements pour des publics de passage, notamment à l’approche des Jeux olympiques de Paris 2024 et en lien avec la proximité du Centre national de tir sportif.
Aujourd’hui, la chapelle abrite 25 appartements, du studio au T2, entièrement meublés et équipés, pour des séjours courts ou moyens. Une soixantaine de personnes peut y être accueillie toute l’année.
L’offre cible un public souvent absent des politiques locales : les travailleurs mobiles. Intérimaires, formateurs, techniciens, agents en mission. Tous ceux qui restent quelques semaines ou quelques mois, sans pouvoir accéder au parc locatif classique. À Châteauroux, comme ailleurs, cette absence de solution constitue un frein direct à l’emploi.



