
Florian Bercault : « Je suis un maire rénovateur, plutôt qu’un maire bâtisseur »
Florian Bercault, maire de Laval
Élu maire de Laval en 2020 à seulement 29 ans, Florian Bercault a été réélu dès le premier tour le 15 mars dernier. Six ans après son arrivée, quel bilan tire-t-il de son premier mandat ? Et comment appréhende-t-il le second ? Entretien.
À RETENIR
- Florian Bercault aborde son second mandat avec davantage de sérénité et d’expérience, dans un contexte géopolitique plus incertain, en cherchant à concilier gestion quotidienne et transformation à long terme.
- Il revendique une approche de « maire rénovateur », axée sur la réhabilitation des espaces publics et l’implication d’acteurs privés et associatifs, illustrée par des projets comme la place du 11 Novembre et les Halles gourmandes.
- Les projets structurants incluent la dynamisation du centre-ville, la réhabilitation du Château-Neuf, des investissements urbains majeurs (quartiers, gare, écoquartier, hôpital, stade) et la valorisation des bords de Mayenne.
- Face aux tensions immobilières, la municipalité agit via une foncière, le renforcement du bailleur public et des projets mixtes pour diversifier l’offre de logements et maintenir l’attractivité résidentielle.
Envies de ville : Dans quel état d’esprit abordez-vous ce second mandat ?
Florian Bercault : Je me sens plus serein aujourd’hui : j’ai acquis de l’expérience et je suis bien entouré, avec une équipe pour partie renouvelée et pour partie d’expérience. Cela permet d’avoir plus de recul.
Le contexte n’est toutefois plus le même. Nous avons démarré le premier mandat à l’époque du Covid. Désormais, nous démarrons dans un contexte géopolitique incertain, avec d’autres formes d’instabilité.
L’enjeu, c’est de réussir à manier avec sérénité les deux temps de la politique municipale. Le temps court, celui du quotidien, avec des attentes très concrètes sur la propreté, la tranquillité publique, la qualité du service public, le fait que la ville soit bien entretenue. Et le temps long, celui de la transformation de la ville.
Je suis déterminé à continuer à transformer la ville et confirmer l’élan du premier mandat. J’ai toujours dit que j’étais un maire rénovateur plutôt qu’un maire bâtisseur. Nous entretenons les bâtiments publics, les espaces publics, et nous accompagnons les projets privés et associatifs. En effet, la fabrique de la ville ne se fait pas que par l’investissement public. Nous sommes d’autant plus forts si les acteurs immobiliers, économiques et associatifs sont à nos côtés et construisent la ville dans la même dynamique.
Envies de ville : Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?
Florian Bercault : Nous avons profondément rénovés les espaces publics. La place du 11 Novembre en est l’exemple le plus visible. Elle a été entièrement repensée et inaugurée en juin dernier. C’est devenu un véritable lieu de vie. Nous avons aussi créé les Halles gourmandes, qui jouent aujourd’hui un rôle d’attractivité dans le centre-ville. Elles permettent de ramener du flux, de diversifier l’offre et de redonner envie de venir. Ce sont des projets qui passent par des phases de travaux importantes, mais l’essentiel, c’est que l’après soit beaucoup plus qualitatif que l’avant. Il faut expliquer, embarquer, associer. La ville ne se transforme pas seule. C’est cette dynamique collective que nous voulons poursuivre.

©Ville de Laval
Envies de ville : Quels seront les projets concrets qui vont transformer Laval dans les prochaines années ?
Florian Bercault : Le premier défi, c’est le dynamisme du centre-ville. Nous allons poursuivre son développement de manière très concrète. Un parking de 120 places va être construit à proximité immédiate de la place du 11 Novembre pour faciliter l’accès, et les espaces publics vont continuer à être requalifiés.
Nous allons aussi rénover et rouvrir le Château-Neuf aux habitants, une friche en plein cœur de ville depuis plus de 20 ans. L’objectif est d’en faire un lieu de vie avec plusieurs usages : des activités de loisirs, des espaces publics comme des salles associatives, une bibliothèque ou des lieux d’exposition, et des espaces pour accueillir des événements. Nous travaillons également sur la transformation d’une ancienne salle polyvalente en aréna sportive, pour accompagner nos clubs de haut niveau, notamment en futsal où nous sommes leaders en Europe. Demain, elle pourra accueillir des matchs qui attirent des milliers de personnes.
À l’échelle du reste de la ville, plusieurs opérations structurantes sont engagées. La rénovation urbaine du quartier du Pavement représente un investissement de 45 millions d’euros, porté avec notre bailleur municipal Méduane Habitat. C’est un projet majeur, avec un véritable avant-après à la clé et des centaines de logements rénovés. Nous maintenons ainsi une attention forte à nos quartiers populaires.
Nous poursuivons aussi le développement de deux grandes zones d’aménagement concerté. D’abord la gare, en pleine transformation : la partie sud est quasiment achevée et la partie nord se développe avec notamment une nouvelle scène de musiques actuelles. Ensuite l’écoquartier Ferrié, installé sur une ancienne caserne militaire, dont le développement se poursuit avec une nouvelle phase au nord après une première tranche déjà réalisée. Nous lançons également la reconstruction de l’hôpital, avec un projet de 110 millions d’euros. Un deuxième bâtiment verra le jour, avec une implantation tournée vers la rocade, ce qui va requalifier l’organisation et l’image de cet équipement pour en faire un vrai hôpital de préfecture.
Autre chantier important : la transformation du stade de foot Le Basser. L’objectif est d’en faire un véritable projet économique, avec des tribunes intégrant des activités et permettant à terme la création de près de 200 emplois permanents. C’est un levier de transformation pour tout le quartier.
Enfin, nous allons engager la requalification des bords de Mayenne. La ville est traversée par la rivière, qui la coupe en deux, mais c’est aussi une chance. Après avoir redynamisé certains espaces comme la halte fluviale, nous souhaitons aller plus loin en rénovant les quais, en réhabilitant certains équipements et en valorisant les usages autour de l’eau. L’objectif est clair : révéler davantage les atouts de la ville.
Envies de ville : Vous avez lancé une foncière immobilière. Qu’est-ce que cela change concrètement ?
Florian Bercault : C’est un outil très opérationnel, porté avec la Banque des Territoires et partenaires privés. Aujourd’hui, nous avons acquis six actifs immobiliers, avec un objectif d’une douzaine rapidement. Un exemple concret, c’est la rue de Gaulle. Nous avons racheté un immeuble entier dans cette rue qui avait perdu plusieurs enseignes. Nous allons y installer une nouvelle enseigne dans les prochaines semaines et recréer trois logements dans les étages qui étaient vacants depuis des années. Cela permet d’agir à la fois sur le commerce et sur le logement. Parce que les premiers consommateurs d’un centre-ville, ce sont ses habitants.
Envies de ville : Le logement reste-t-il un défi pour Laval ?
Florian Bercault : La crise de l’immobilier touche tout le monde. L’équation est connue : le crédit, le coût des matériaux et les prix du marché. Tant que ces trois facteurs restent élevés, le logement neuf reste difficilement accessible.
Nous avons agi là où nous avions des leviers. Nous avons renforcé notre bailleur municipal et intercommunal, Méduane Habitat, en augmentant ses fonds propres et en lui donnant un rôle élargi. L’idée, c’est d’en faire un véritable bailleur aménageur, capable d’intervenir au-delà du logement.
Nous l’avons fait par exemple dans le quartier du Bourny, où notre bailleur a à la fois réhabilité les logements et participé à la transformation de la place centrale. Je crois beaucoup à ce modèle, qui permet, grâce à l’action publique, de tester des solutions comme le bail réel solidaire ou de développer du logement intermédiaire, et pas uniquement du logement social classique.
Nous adaptons aussi nos opérations. Sur le projet Gare Nord, le programme initial a été revu en réduisant la part de logements libres pour y intégrer à la place une résidence étudiante du Crous, du logement social, et en faisant intervenir plusieurs opérateurs pour équilibrer l’opération. C’est typiquement là où la puissance publique est utile, pour faire émerger des projets mixtes.
Nous travaillons enfin sur des solutions très concrètes, comme la création d’une maison des alternants, avec Action Logement, pour répondre aux difficultés de jeunes qui doivent parfois assumer une double charge locative entre leur lieu d’étude et leur lieu de travail.
Malgré ce contexte, Laval reste dans une dynamique : plus de 3 300 logements ont été autorisés sur le mandat passé.

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