
Inondation : dans le Gard, une politique innovante de délocalisation pour éviter les drames
Étienne Retailleau, directeur adjoint chargé de mission inondation à l’EPTB
Face au risque d’inondations, le l’Etablissement Public Territorial de bassin Gardons a choisi d’agir avant la prochaine crue. Racheter, démolir, relocaliser : une stratégie assumée de prévention des inondations, portée par l’EPT de bassin Gardons, qui mise sur le volontariat plutôt que sur la contrainte.
À RETENIR
- À la suite des crues majeures de 2002 (23 mètres de hauteur d’eau, 20 morts, 800 millions d’euros de dégâts) et de 2014, le bassin des Gardons a engagé une politique de rachat et de démolition des habitations les plus exposées afin de réduire le risque mortel d’inondation.
- L’État a d’abord identifié 250 bâtiments à acquérir après 2002, dans le cadre des Programmes d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI), élargissant la doctrine au-delà des seules infrastructures vers la réduction de la vulnérabilité et la culture du risque.
- Depuis 2021, l’EPTB Gardons conduit une opération volontaire de relocalisation : sur 35 logements ciblés, 27 ventes ont été conclues et 24 maisons démolies, sans expropriation et avec un accompagnement individualisé des propriétaires.
- Les biens sont rachetés à leur valeur vénale sans décote liée au risque, tandis qu’un programme complémentaire (« ALABRI ») finance des aménagements de protection pour les autres logements en zone inondable, intégrant la relocalisation à une stratégie globale de prévention.
Dans le Gard, sur un territoire de 2 000 km² couvrant près d’un tiers du département, certaines maisons ne seront plus jamais reconstruites. Trop exposées. Trop vulnérables. Après les crues majeures de 2002 et 2014, l’Etat a engagé une politique de rachat et de démolition des habitations les plus dangereuses. Objectif : réduire le risque d’inondation là où il menace directement la vie humaine. Cette stratégie s’inscrit dans une démarche plus large de prévention des inondations, structurée autour des PAPIs, le Programme d’Actions de Prévention des Inondations lancé en 2002.
En septembre 2002, le Gardon sort de son lit avec une violence inédite. Dans les gorges, le niveau atteint 23 mètres. « On est passé d’un Gardon à sec à une hauteur d’eau de 23 mètres. C’est spectaculaire, même à l’échelle internationale », rappelle Étienne Retailleau, directeur adjoint chargé de mission inondation à l’EPTB. Vingt personnes décèdent. Les dégâts dépassent 800 millions d’euros.
À Collias, certaines habitations sont pulvérisées. « Il ne restait que la dalle de fondation. Le traumatisme marque durablement le territoire. L’État identifie alors 250 bâtiments à acquérir puis à démolir. »
Identifier les maisons où rester devient dangereux
La doctrine évolue suite à cette crue de 2002. On ne parle plus seulement de digues ou de recalibrage de rivière. La prévention des inondations s’élargit : culture du risque, plans communaux de sauvegarde, encadrement de l’urbanisme via les PPRI, réduction de la vulnérabilité des logements, ralentissement des écoulements.
Mais pour certaines maisons, aucune adaptation ne suffit. Les critères sont précis comme par exemple : plain-pied, absence d’étage, pas d’espace refuge, plus de 80 centimètres d’eau possible à l’intérieur. « Sur ces habitations, on sait qu’il y a un vrai danger pour les personnes », insiste Étienne Retailleau.
En 2014, une nouvelle crue met en lumière un quartier situé à la confluence du Gardon et du Grabieux. Des maisons prennent jusqu’à 1,50 mètre d’eau. Certaines familles s’étaient réfugiées sur le toit, après avoir percé le plafond pour atteindre les combles. Ces logements n’avaient pas été intégrés au programme lancé après 2002. L’EPTB décide alors d’agir directement.
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Racheter sans contraindre
Depuis 2021, l’établissement porte lui-même une opération de relocalisation sur ce secteur. Trente-cinq logements sont ciblés. Vingt-huit propriétaires acceptent le principe. Vingt-sept ventes sont conclues. Vingt-quatre maisons ont déjà été démolies.
La singularité du dispositif tient à sa méthode. Ici, pas de zonage imposé. Pas d’expropriation systématique. « Si vous êtes d’accord, vous êtes d’accord. Si vous ne voulez pas, vous ne voulez pas », explique le responsable. « On est avant tout dans la pédagogie. »
L’accompagnement se veut progressif. « Quand quelqu’un vient vous dire que votre maison est dangereuse, cela ravive des angoisses. Il faut prendre le temps. Arriver avec une gestion humaine du dossier, pas une gestion administrative. » Les discussions durent parfois deux ans, parfois davantage. Certains habitants refusaient de vendre. D’autres ont changé d’avis avec le temps. « Il y en a qui n’osaient même pas vendre leur maison tellement ils ont été traumatisés. Ils ne voulaient pas que quelqu’un d’autre vive la même chose. »
Autre point décisif : les biens sont rachetés à leur valeur vénale, estimée par la Direction de l’immobilier de l’État, sans décote liée au risque d’inondation. « La personne peut retrouver un bien équivalent ailleurs », souligne-t-il. Le signal est clair : la collectivité assume le coût de la sécurité.
La relocalisation ne concerne toutefois qu’une minorité de logements. Pour les autres habitations situées en zone inondable, l’EPTB déploie le programme « ALABRI », lancé dès 2010 : pose de batardeaux, aménagements pour limiter les dégâts, espace refuge. « On ne s’occupe pas uniquement des bâtiments les plus à risque. On a une politique plus globale », précise Étienne Retailleau.
Dans le Gard, la relocalisation s’est peu à peu imposée comme un outil supplémentaire face au risque d’inondation, intégré à une stratégie plus large de prévention des inondations. « La crue de 2002 a marqué le territoire », rappelle le responsable. « Elle a surtout changé notre manière d’agir. »



