Publié le 19.05.26 - Temps de lecture : 3 minutes

Repenser l’urbanisme pour recréer du lien et de la solidarité

Face au nombre croissant de citadins en situation d’isolement, l’urbanisme « relationnel » vise à créer de nouvelles formes de convivialité pour favoriser la rencontre et l’entraide.

Ces huit dernières années, le nombre de personnes âgées vivant dans un état de solitude extrême a augmenté de 150 % en France, selon les chiffres fournis par l’association Les Petits Frères des pauvres. Cet isolement croissant touche aujourd’hui toutes les catégories de population vivant en ville, quel que soit leur âge ou leur situation. Un phénomène qui aggrave les problèmes de santé publique, et les coûts qui y sont associés, en augmentant de 26 % le risque de décès prématuré et en étant à l’origine de nombreuses maladies, notamment psychologiques.

Face à ce constat, un réseau d’acteurs de la ville appelle à un sursaut collectif et politique. Dans la tribune  » Contre l’isolement social, inventons un urbanisme relationnel « , parue à l’automne dernier, ils invitent à repenser l’aménagement et la construction à l’aune de la solidarité et de l’inclusion, avec 13 pistes d’action à la clé.

La lutte contre l’isolement social, nouvel enjeu de l’urbanisme ?

Depuis les années 50, l’urbanisme a créé des lieux et des formes d’habitat qui ont organisé l’exclusion et la solitude dans tous les territoires. La production à grande échelle de logements standardisés, qui a été nécessaire après-guerre lors de la période de reconstruction, a contribué à la fragmentation sociale et à la perte de repères collectifs, renforçant au fil du temps la mise à l’écart des habitants les plus vulnérables.

Pour contrer à ce phénomène, le collectif à l’origine de la tribune, composé d’acteurs qui opèrent sur l’ensemble de la chaîne de valeur urbaine, propose de repenser les manières d’aménager et de bâtir pour être plus attentifs aux fragilités. « Aujourd’hui, les projets immobiliers doivent contribuer à recréer du lien social, et non pas de l’entre-soi. Il faut une prise de conscience de l’ensemble des acteurs de la ville car l’isolement social est en train de devenir un des fléaux du XXIe siècle. L’Organisation mondiale pour la santé parle même d’une épidémie de solitude «  explique David Meynard, président de Recipro-Cité et initiateur de la tribune.

Dès lors, l’objectif est de faire émerger un urbanisme du lien social, favorable à la santé des personnes, capable de générer des interactions entre les habitants, en prenant en compte l’ensemble des populations qui vivent sur un territoire.


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Construire la ville relationnelle

Concrètement, il s’agit de démultiplier les espaces publics partagés, inclusifs et accessibles, qui permettent les rencontres, la mixité et les échanges, à partir de retours d’expérience concrets et de dynamiques déjà à l’œuvre. « En recréant du lien, et notamment entre des générations différentes, il est possible d’éviter aux personnes âgées de vieillir seules, mais aussi de travailler au bénéfice de tous les autres habitants en mettant en place de nouvelles formes de convivialité et de solidarité grâce à des infrastructures pensées pour faire société » précise David Meynard.

Ainsi, à Lyon, au sein du quartier de la Confluence, Récipro-Cité a conçu les espaces partagés de la nouvelle résidence Cap Sud en favorisant l’interconnaissance, la solidarité et les échanges entre voisins, mais aussi à travers la création de liens avec les acteurs locaux. Autre exemple à Louviers, en Normandie, avec la résidence intergénérationnel Coccon’Ages, dont les espaces partagés ont été pensés pour être le support des échanges et des rencontres entre habitants.

Ce tournant dans la façon de concevoir l’urbanisme s’appuie sur le développement de lieux de vie en commun – cafés, bibliothèques, centres sociaux, cuisines collectives – mais aussi sur la création d’au moins un tiers-lieu par quartier. En complément, le collectif propose de conforter les organismes HLM en tant qu’acteur majeur de l’urbanisme afin de réguler le marché du logement en faveur de la mixité socio-économique, et de rendre obligatoire la diversité sociale et générationnelle du palier jusqu’au quartier via un dispositif d’incitation.

Afin que ces actions soient efficaces, il est également prévu de mettre en place des dispositifs de concertation pour impliquer tous les habitants dans les prises de décision, et de déployer sur le terrain un réseau de professionnels qualifiés pour aider au quotidien les personnes vulnérables.

Le collectif à l’origine de la tribune est constitué de Récipro-Cité, Aatiko, GIE La ville autrement, Habitat et Humanisme Rhône, Habitéé et Passagers des villes.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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