
Une nouvelle carte interactive pour améliorer la gestion des inondations
Emma Haziza, hydrologue, fondatrice du Mayane Center pour l'adaptation des territoires au risque climatique, et collaboratrice de l'IGN
À RETENIR
- L’IGN a lancé une cartographie interactive 3D inédite pour rendre visibles les zones à risque d’inondation en France, touchant déjà 17 millions de personnes.
- L’outil s’appuie sur des données topographiques, satellites et d’IA pour modéliser précisément les menaces hydriques à l’échelle locale, incluant crues, ruissellements et submersions.
- Cette carte met en évidence les territoires les plus exposés, comme le pourtour méditerranéen, le Val de Loire ou encore la pointe bretonne de Penmarch.
- Accessible à tous, elle vise à orienter les politiques d’aménagement et de prévention, avec des améliorations futures prévues grâce au machine learning.
En France, près d’un quart de la population vit en zone potentiellement inondable, souvent sans en avoir conscience. Avec la mise en ligne d’une nouvelle carte interactive, l’IGN entend changer radicalement la donne en matière de gestion des inondations
Depuis plusieurs années, les crues éclairs et les pluies torrentielles se multiplient dans toutes les régions, à tel point que les inondations sont devenues le premier risque naturel de l’Hexagone. Ce phénomène extrême concerne déjà plus de 17 millions de personnes, avec une augmentation sensible en fréquence comme en intensité. Afin qu’il soit possible de parvenir à une meilleure gestion des inondations, l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière) vient de publier la première cartographie 3D du risque sur l’ensemble du territoire. L’objectif est de rendre visible, lisible et accessible à tous un danger qui n’était jusqu’ici réservé qu’aux experts.
Améliorer la gestion des inondations
Cet outil a été conçu à partir de relevés topographiques, géographiques et pluviométriques, d’images satellites et aériennes, ainsi que de logiciels d’IA qui modélisent en temps réel et de façon très détaillée le parcours des précipitations s’abattant sur la quasi-totalité de la France.
En réunissant ces informations, cette cartographie 3D montre l’étendue du risque région par région, ce qui permet de recenser les communes, les infrastructures et les bâtiments qui sont menacés.
« On se sert de toutes les données utiles. Nous cherchons à comprendre comment fonctionnent les bassins versants, l’évolution des rivières, l’augmentation du stress hydrique, l’influence que peuvent avoir l’aménagement, l’urbanisation, l’anthropisation. A partir de là, nous créons une modélisation du territoire en prenant en compte les spécificités régionales « explique Emma Haziza, hydrologue, fondatrice du Mayane Center pour l’adaptation des territoires au risque climatique, et collaboratrice de l’IGN.
Avec un niveau élevé de granularité, l’outil prend en compte l’ensemble des menaces, débordement de rivière, submersion marine, ruissellement pluvial, coulées de boue, remontée de nappes phréatiques. Il met ainsi en évidence que le pourtour méditerranéen et le Val de Loire font partie des territoires les plus exposés, et que la pointe de Penmarch en Bretagne pourrait connaître un phénomène de submersion marine à l’horizon 2100.
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Un outil accessible à tous
Disponible gratuitement en ligne, cette cartographie s’adresse aussi bien aux chercheurs, qu’aux acteurs territoriaux et aux simples citoyens. Chacun doit désormais avoir conscience du risque car l’intensité des inondations s’accroît sous l’effet du réchauffement climatique. À l’échelle de la France, on observe déjà une hausse de 12 % de l’intensité des pluies extrêmes par rapport aux années 1960, selon Météo-France, et ce chiffre pourrait augmenter de 10 à 15 % supplémentaires d’ici 2050.
Face à ce danger, la carte interactive de l’IGN va être intégrée dans différents modèles, comme Vigicrues, pour pouvoir orienter l’aménagement du territoire en fonction des écoulements potentiels.
La publication de cet outil vise donc aussi à aider les collectivités à repenser les espaces et à faire les bons choix, renforcer les bassins de rétention, intégrer les contraintes naturelles dans les projets de construction, ne plus bâtir dans certaines zones, restaurer les haies pour ralentir le ruissellement… En ce sens, il a vocation à servir de levier pour accélérer les politiques de prévention ou de relocalisation.
Cette première modélisation ouvre la voie à une anticipation plus efficace des inondations, ce qui marque un tournant dans la prévention des risques, l’outil est cependant voué à être amélioré. » Bientôt, le machine learning va nous permettre de déterminer encore plus finement les points du territoire qui sont vulnérables, afin de conseiller des actions spécifiques d’adaptation. » conclut Emma Haziza.



