
Les procédés constructifs au cœur de la transition bas carbone
Dans un secteur du bâtiment responsable d’une part majeure des émissions de CO2, les procédés constructifs bas carbone s’imposent comme un levier décisif en faveur d’une construction plus durable.
À RETENIR
- Les procédés constructifs bas carbone sont essentiels pour réduire l’empreinte environnementale du bâtiment, notamment en privilégiant la sobriété, la conservation de l’existant et une collaboration renforcée entre les acteurs du secteur.
- Maître Cube mise sur la préfabrication bois hors site, permettant une réduction de 30 à 40 % de l’empreinte carbone, grâce à une production optimisée, un gain de temps et une limitation des déchets et transports.
- Le groupe Briand propose des parkings en silo préfabriqués combinant bois, métal et béton, offrant une alternative moins carbonée (-40 %) et plus économique (-10 %) que les parkings en béton traditionnels.
- Arkéa Flex développe des bâtiments évolutifs plutôt que réversibles, facilitant l’adaptation des usages et réduisant les coûts de transformation, avec des solutions techniques innovantes telles que les planchers techniques et les alvéoles modulables.
« Pour un bâtiment neuf de bureaux, la phase de construction peut représenter jusqu’à 80 % des émissions sur un cycle de vie de 50 ans », rappelle Hélène Genin, déléguée générale de l’association BBCA (pour le développement du bâtiment bas carbone). D’où l’importance de repenser les modes de conception et de mise en œuvre des bâtiments pour réduire leur empreinte environnementale dès l’amont.
La première chose consiste à faire preuve de sobriété, c’est-à-dire « mettre moins de matière, concevoir des volumes simples, plus rationnels, être vigilant sur les formes excentriques consommatrices de matière ou les faux plafonds qui peuvent être inutiles », précise Hélène Genin. La conservation de l’existant, notamment de la structure du bâtiment, constitue également un levier majeur de réduction des émissions.
Depuis la création du label BBCA en 2016, les bâtiments bas carbone exemplaires se multiplient, puisque plus de 5,7 millions de m² sont aujourd’hui engagés dans une démarche BBCA (+45 % sur un an). La réglementation RE2020, qui généralise le calcul de l’empreinte carbone pour tout bâtiment neuf, renforce encore cette dynamique. « BBCA est plus exigeant que la réglementation avec une valeur pivot située sur les seuils construction 2028 de la RE2020 », souligne Hélène Genin.
Mais la transition ne se fera qu’à condition de décloisonner les métiers. Architectes, ingénieurs, constructeurs et industriels doivent travailler de concert, dès la conception, pour piloter le « coût carbone » au même titre que le coût économique. Les promoteurs immobiliers, fondateurs historiques du label BBCA aux côtés des grands groupes de construction et d’ingénierie, jouent ici un rôle moteur. « Le bas carbone est désormais un sujet collectif, qui demande du dialogue, du suivi et une culture commune du carbone », conclut Hélène Genin.
Maître Cube mise sur la construction hors site en bois pour décarboner l’immobilier
L’entreprise générale de construction en bois s’est spécialisée dans l’assemblage hors site pour optimiser et verdir l’acte de construire.
Basée à Paris, Maître Cube a été créé il y a dix ans par sept charpentiers souhaitant décarboner la construction et la promouvoir dans des opérations d’envergure, qu’elles soient réalisées par des opérateurs publics (collectivités territoriales), des privés (promoteurs) ou encore des bailleurs sociaux. Une condition toutefois : « que les critères environnementaux recherchés soient élevés (en avance d’au moins un seuil de la réglementation environnementale 2020, soit RE2020 seuil 2028, voire passive), que les maîtres d’ouvrage souhaitent vraiment privilégier la construction bois et soient impliqués dans la réduction des émissions de CO2 dans le bâtiment », prévient Pierre Vaugoyeau, directeur commercial de Maître Cube. L’entreprise générale de construction, qui dispose des sept usines de ses actionnaires réparties sur la France, réalise en propre l’intégralité de l’enveloppe du bâtiment en bois hors site et assure la coordination de l’ensemble des lots (maçonnerie, techniques, finitions) grâce à un réseau de sous-traitants.
La spécialité de la société est de fabriquer en usine ses modules 2D principalement et 3D (ossature bois, caisson de plancher, bardage), qui sont ensuite assemblés sur le chantier. Les avantages sont multiples : qualité optimisée grâce à une meilleure gestion de la production, pas d’arrêt à cause des intempéries, réduction des déchets, gain de temps, limitation des nuisances, diminution des transports en camion. « Dès lors, la construction hors site en bois réduit de 30 à 40 % l’empreinte carbone d’un bâtiment par rapport à une construction en béton », fait valoir Pierre Vaugoyeau.
Outre un accord-cadre avec des bailleurs sociaux de l’ouest de la France pour réaliser des maisons individuelles, Maître Cube a signé un partenariat avec Nexity début 2025 portant sur la réalisation de 500 logements par an à horizon 2028 au travers d’une dizaine d’opérations. La première, qui se situe à Bondoufle (91), porte sur la construction de quatre immeubles de logements collectifs. « Ces contrats de long terme contribuent à la réduction des coûts », convient le directeur commercial, pas uniquement grâce aux volumes, mais plutôt du fait de l’optimisation des process de fabrication qui sont dupliqués sur l’ensemble de la production.
Briand propose une solution durable de parking en silo
Le groupe familial vendéen, spécialisé dans la construction métallique de bâtiments industriels (1 200 collaborateurs, 350 millions d’euros de chiffre d’affaires), conçoit et construit des superstructures en silo moins carbonées et plus économiques, dont la spécificité est d’être en partie réalisées en usine.
La solution de parking en silo mise au point par l’industriel Briand présente de nombreux avantages économiques et écologiques. Toute la structure (charpentes métalliques, garde-corps, solives) alliant les trois matériaux (bois, métal et béton) est préfabriquée dans l’une des dix usines du groupe, puis montée sur le site d’utilisation.
La préfabrication réduit, notamment, la surconsommation de matières, car toutes les pièces sont réalisées sur mesure. Dès lors, les produits Briand sont particulièrement compétitifs (-10 % en moyenne par rapport à un parking en béton), mais aussi moins carbonés avec jusqu’à 40 % d’émissions de CO2 en moins sur leur cycle de vie.
Enfin, la construction hors site diminue sensiblement le temps de réalisation. Ainsi, un parking de 300 à 400 places nécessite entre 6 et 9 mois de chantier, production en usine comprise. À Bondoufle (91), par exemple, Briand Parkings et Mobilités réalise pour Nexity un parking silo dans une zone résidentielle. Un choix de plus en plus privilégié par les opérateurs qui optent désormais pour des solutions de stationnement en périphérie des quartiers plutôt qu’en sous-sol ou sur dalle, afin de réduire les coûts et d’économiser le foncier.
« La démarche de Nexity, assez innovante, a consisté à intégrer l’implantation du parking dans l’opération dès sa conception de manière à optimiser sa réalisation et à sécuriser son coût dès l’amont », explique Clément Goret, responsable conception chez Briand Parkings et Mobilités. Les hôpitaux, les aéroports ou encore les centres commerciaux ont aussi recours aux parkings en silo qui concentrent un maximum de stationnement (de 150 à 3 500 places) sur un minimum de terrain. Le groupe vendéen a également déployé une offre sans fondations pour répondre à des besoins ponctuels, qui peut être montée en trois semaines et même être déplacée au gré des besoins.
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Arkéa Flex prône l’évolutivité des bâtiments
Plutôt que la réversibilité, la filiale du Crédit Mutuel Arkéa mise sur l’évolutivité comme principe fondateur pour concevoir des bâtiments capables de s’adapter à de nouveaux usages sur leur durée de vie.
Créée en 2021, Arkéa Flex se présente comme assistant à maîtrise d’ouvrage de l’évolutivité, « un nouveau métier », précise Florent Lemaire, directeur de la filiale du Crédit Mutuel Arkéa.
Pour accompagner les entreprises de l’immobilier dans leur transition écologique, la stratégie a consisté à racheter des brevets portant sur la conception évolutive des bâtiments. La société soutient les opérateurs de deux manières : sur la conception technique pour créer en amont des aménagements adaptés à l’évolutivité et sur le cadre juridique et réglementaire.
« La capacité à faire évoluer un immeuble selon l’évolution de ses usages est désormais attendue par de plus en plus d’élus et d’aménageurs », souligne Florent Lemaire, « cela les rassure », tout comme les investisseurs, soucieux de garantir la revente ou la requalification des actifs.
Les résidences étudiantes peuvent parfois interroger des décideurs publics, qui s’inquiètent du devenir de ces logements en prévision du fléchissement annoncé de la démographie des jeunes. La réponse technique consiste à dissocier les réseaux de la structure, ce qu’il est possible de faire à travers plusieurs solutions parmi lesquelles la réalisation d’un plancher technique au lieu d’une dalle en béton. Cette option facilite l’accès aux réseaux pour les réadapter aux nouveaux besoins, ce qui permet de diviser par quatre les coûts de transformation.
Arkéa Flex a aussi imaginé un principe d’« alvéole » plutôt que de pièce. La première opération, livrée à Tours en 2024, illustre ce concept. Chaque « alvéole » de l’immeuble y est conçu comme un lot de copropriété. Ainsi, un T1 peut devenir un T2 ou un T3 un T2 par simple échange entre voisins, sans avoir besoin de vote en assemblée générale de copropriétaires. Arkéa Flex a plusieurs opérations en cours avec des bailleurs sociaux et des promoteurs. Nexity devient aussi adepte de la formule pour, notamment, concevoir des résidences étudiantes évolutives. La démarche séduit également les territoires en réindustrialisation, où les besoins de logement évoluent entre les phases de chantier et d’exploitation.



