
Avec la reconversion urbaine, les territoires inventent la ville sobre et désirable de demain
Parkings réhabilités, friches industrielles transformées, nouveaux usages de sites portuaires, zones d’activités requalifiées… A l’heure où il est nécessaire d’optimiser l’utilisation du foncier, la reconversion urbaine permet de fabriquer la ville sur la ville en limitant l’artificialisation des sols.
À RETENIR
- La reconversion urbaine répond aux enjeux d’optimisation du foncier en réutilisant friches, parkings et anciens sites industriels pour limiter l’artificialisation des sols et favoriser la transition écologique.
- Des projets emblématiques, comme des centrales solaires sur d’anciens sites pollués (Toulouse, Saint-Romain-en-Gal, Porcheville), illustrent le potentiel énergétique de ces réaménagements.
- La diminution de l’usage automobile en ville permet de transformer des espaces délaissés en zones végétalisées ou en infrastructures pour mobilités douces, comme à Bordeaux ou Aubervilliers.
- La reconversion de patrimoines industriels ou historiques (ex : bases sous-marines à Lorient et Saint-Nazaire, friches industrielles dans les Hauts-de-France) crée des pôles culturels ou économiques attractifs.
Face à la nécessité de freiner l’étalement des villes pour préserver les terres agricoles et protéger les espaces naturels, la reconversion urbaine est devenue un levier de réinvention des territoires. Cette démarche innovante consiste à recycler les bâtiments et les friches inutilisées pour répondre aux besoins locaux en matière d’infrastructures et de logements, tout en améliorant la qualité de vie des citadins, en stimulant l’activité économique et en favorisant la transition écologique. Quels projets portés par les élus et les collectivités sont les plus emblématiques de ces transformations ? Quels gains sociaux, économiques, et environnementaux apportent-ils ? Voici le best of des meilleures pratiques en la matière.
Les nouvelles tendances de la reconversion urbaine
Pour identifier le foncier à reconvertir, les collectivités peuvent s’appuyer sur des bases de données nationales, comme par exemple la plateforme Cartofriches qui répertorie les friches vacantes dans chaque région, ce qui facilite notamment la transition énergétique.
A Toulouse, l’ancien site de stockage de l’usine AZF, détruite en septembre 2001 par l’explosion d’un stock de nitrate d’ammonium, accueille 35 000 panneaux solaires qui produisent 19,7 GWh par an, suffisamment pour alimenter le réseau d’éclairage public de la ville rose. A Saint-Romain-en-Gal, dans le département du Rhône, une ancienne décharge a laissé place à une centrale solaire d’une puissance installée de 5 MWc (mégawatt-crête), composée de 9 500 panneaux solaires distribués sur 5 hectares. À Porcheville, dans les Yvelines, la reconversion de la centrale thermique, fermée depuis 2007, a pour objectif la mise en service d’un vaste parc solaire qui fournira de l’électricité verte à dix mille foyers.
Autre axe pour orienter les projets de reconversion urbaine, la baisse continue du nombre de voitures en ville permet de mettre à profit les emplacements réservés à l’automobile qui sont désormais inexploités, afin de créer de nouveaux services, de végétaliser, de proposer des zones de convivialité, d’installer des bancs… « Comme la voiture consomme énormément d’espace, il y a un grand nombre de possibilités. Cela vaut aussi bien pour aménager l’espace urbain que pour réhabiliter des structures souterraines ou aériennes », expliquent Pauline Wolff et Bastien Capon, associés-gérants de l’agence d’architecture Wolff&Capon.
Ainsi, à Bordeaux, en 2021, une mini forêt urbaine de 180 m², constituée d’érables champêtres, de chênes pubescents, de sorbiers domestiques, de merisiers et de cornouillers sanguins, a recouvert 11 places de stationnement inutilisées entre les rues Billaudel, Fieffé et Francin, ce qui a permis d’accélérer la renaturation du quartier. Toujours à Bordeaux, les emplacements vides de 32 parkings souterrains gérés par l’opérateur Metpark ont été convertis en modules pour garer vélos et trottinettes, en postes de gonflage de pneus, en aires de lavage et en bornes de recharge pour batteries électriques, afin de favoriser les mobilités douces. A Aubervilliers, en région parisienne, un parking de 50 places a été remplacé par une forêt de 72 arbres, créant ainsi un îlot de fraîcheur verdoyant qui protège les citadins lors des épisodes de fortes chaleurs.
En parallèle de ces initiatives, le patrimoine industriel et historique constitue également un important réservoir foncier pour fabriquer la ville sur la ville.
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Activer tous les potentiels de la reconversion urbaine
Dans les Hauts de France, la volonté de la région de devenir le hub européen de la production de batteries pour véhicules électriques a fait naître de nombreuses initiatives de requalification. Alors que les gigafactories qui sont en train de voir le jour localement devraient générer plus de 5 000 emplois d’ici à 2030, les anciennes infrastructures industrielles sont transformées en nouvelles installations. Près de Lens, ACC (Automotive Cells Company) a investi le site de Douvrin, créé en 1967 pour anticiper le déclin des activités minières, afin d’y implanter une méga-usine, tandis que la petite ville de Bourbourg, près de Dunkerque, mise sur la réhabilitation des friches industrielles pour construire rapidement des centaines de nouveaux logements.
Sur le littoral Atlantique, ce sont les vestiges de la Seconde Guerre mondiale qui donnent lieu à des projets innovants. A Lorient, l’ancienne base sous-marine construite par l’armée allemande en 1941 est devenue la Cité de la Voile Éric Tabarly, un musée interactif dédié à la mer et à la navigation, qui constitue un véritable un pôle d’attraction. À Saint-Nazaire, ce même type d’infrastructure a permis de créer l’espace artistique « La Base », qui abrite depuis les années 2000 un musée consacré aux paquebots de légende, une salle de concert et le LiFE, un lieu d’exposition d’art contemporain, et qui attire en moyenne 200 000 visiteurs tous les ans, ce qui profite aux commerces alentour.
En sortant du cadre établi et en proposant de nouvelles solutions, tous ces projets offrent aux collectivités la possibilité de construire une ville plus sobre, plus résiliente face au dérèglement climatique mais aussi plus désirable. « Une ville innovante devient soudain un modèle à suivre, ce qui accroît sa visibilité, parfois même au-delà des frontières nationales. Cela contribue à son attractivité, sur le plan tant économique que touristique. » analyse pour conclure Jean-Luc Porcedo, directeur général de Nexity Transformation des Territoires et président de Nexity Villes & Projets.
En couverture : la base sous-marine de Bordeaux