©photo : Orano
Publié le 09.06.26 - Temps de lecture : 3 minutes

« Aval du futur » : la Manche face au chantier du siècle

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À La Hague, dans la Manche, le projet « Aval du futur » s’annonce comme l’un des plus grands chantiers industriels européens des prochaines décennies. Estimé entre 40 et 50 milliards d’euros, la construction de ce projet porté par Orano doit durer vingt ans. Avant même le lancement des grands travaux, c’est déjà tout un territoire qui se met en mouvement.

À RETENIR

  • À La Hague, Orano prépare “Aval du futur”, un méga-projet industriel estimé entre 40 et 50 milliards d’euros, destiné à créer deux nouvelles usines de traitement-recyclage nucléaire.
  • Le chantier, prévu sur près de vingt ans, pourrait entrer en service à partir de 2038, avec un débat public attendu en 2027.
  • Il devrait générer des milliers d’emplois dans un département déjà très sollicité par les besoins d’Orano, EDF à Flamanville et Naval Group à Cherbourg.
  • Au-delà de l’industrie, c’est tout le territoire qui doit s’organiser pour anticiper logements, mobilités, formations, services publics et accueil des familles.

Baptisé « Aval du futur », il doit donner naissance au premier centre de traitement-recyclage de combustibles nucléaires usés au monde. Concrètement, le programme prévoit la construction de deux nouvelles usines : l’une dédiée au retraitement des combustibles nucléaires usés, l’autre à la fabrication de combustible nucléaire recyclé, le Mox.

Ces deux installations viendront remplacer, à terme, les équipements existants : l’usine de retraitement déjà située à La Hague et l’usine de fabrication de Mox aujourd’hui installée à Marcoule, dans le Gard. Les installations actuelles doivent, elles, être prolongées au-delà de 2040, le temps que les nouvelles prennent progressivement le relais. Orano indique que ces futures installations pourraient être mises en service à partir de 2038 et projette l’activité de traitement-recyclage au-delà de 2100.

Pour l’heure, « Aval du futur » n’en est encore qu’à ses débuts. Les grands travaux n’ont pas véritablement commencé. Le projet est encore dans une phase amont, faite d’études, de préparation et d’organisation. Le débat public est attendu en 2027. Mais les ordres de grandeur donnent déjà la mesure du dossier : vingt ans de chantier, un investissement estimé entre 40 et 50 milliards d’euros, et une transformation profonde à anticiper pour tout le territoire.

Vingt ans de chantier, des milliers d’emplois

Avant même la construction des futures installations nucléaires, les premiers aménagements se préparent. À La Hague, les premiers permis de construire ne concernent pas encore les usines elles-mêmes, mais des bâtiments nécessaires au chantier : bureaux, entrepôts, parking à étages de plus de 2 000 places. Au total, 21 permis de construire sont prévus. D’ici 2030, 12 ouvrages doivent voir le jour, pour environ 150 000 m² de surfaces nouvelles.

Cette montée en puissance va s’accompagner d’un besoin massif de main-d’œuvre. Dès cette année, 1 000 à 1 500 salariés supplémentaires sont attendus sur le territoire. À plus long terme, le chantier pourrait mobiliser plusieurs milliers de personnes : ingénieurs, techniciens, compagnons, salariés des grands donneurs d’ordre, sous-traitants, travailleurs en grand déplacement.

Le sujet dépasse d’ailleurs le seul projet d’Orano. Dans la Manche, les besoins industriels s’additionnent avec ceux d’EDF à Flamanville et de Naval Group à Cherbourg. Selon le comité stratégique réuni en janvier 2026, 6 000 emplois industriels supplémentaires sont attendus d’ici 2034 dans le département, dont la moitié sur les sites d’Orano La Hague, EDF Flamanville et Naval Group Cherbourg.

Dans un territoire déjà proche du plein-emploi, cette dynamique pose un défi immédiat : recruter, former, attirer et fidéliser. Autrement dit, faire venir des compétences, mais aussi permettre à celles et ceux qui travailleront sur place de s’y installer durablement.


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Tout un territoire en ordre de marche

C’est là que le chantier change de dimension. « Aval du futur » ne pourra pas être géré uniquement depuis le site industriel de La Hague. Il faudra loger les ouvriers, accueillir leurs familles, adapter les routes, organiser les flux de circulation, mobiliser du foncier, renforcer les formations, anticiper les besoins en services publics, en santé, en écoles ou en commerces.

« Le projet Aval du futur constitue une opportunité industrielle majeure pour la Manche et pour son développement. Pour qu’elle produise pleinement ses effets, cette dynamique doit s’inscrire dans une approche territoriale équilibrée et cohérente », a prévenu à plusieurs reprises Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche.

Cette organisation collective est déjà engagée. Autour d’Orano, l’État, la région Normandie, le Département de la Manche, l’agglomération du Cotentin, les communes et les entreprises locales travaillent à structurer la réponse. Un coordonnateur grand projet doit être nommé auprès du préfet de la Manche pour piloter la mise en œuvre territoriale du chantier. Un projet stratégique de territoire doit également préciser les conditions de déploiement d’ « Aval du futur » à l’échelle du département jusqu’en 2055.

L’objectif est clair : éviter que toute la pression repose uniquement sur La Hague et Cherbourg. D’autres communes, comme Carentan-les-Marais, située sur l’axe Caen-Cherbourg et desservie par le train, se positionnent déjà grâce à leurs réserves foncières pour accueillir logements et activités économiques.

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