Publié le 16.06.26 - Temps de lecture : 4 minutes

50 °C l’été et de la chaleur toute l’année : la végétalisation va devenir l’alliée indispensable des villes

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Vecteur de fraîcheur et de bien-être, la végétalisation permet de rendre les villes plus agréables à vivre lorsque les températures grimpent en flèche, mais le végétal a encore bien plus à offrir. Explications.

À RETENIR

  • La végétalisation devient un outil d’adaptation indispensable face à des villes appelées à connaître des pics de chaleur extrêmes, jusqu’à 50 °C à Paris à partir de 2040 selon l’article.
  • Elle permet de rafraîchir concrètement l’espace urbain, avec une baisse possible de 2 à 4 degrés grâce à l’ombre, aux arbres, aux sols désimperméabilisés et aux îlots de fraîcheur.
  • Ses bénéfices vont bien au-delà du confort thermique : amélioration de la qualité de l’air, réduction de certains risques sanitaires, encouragement à la marche et au vélo, meilleure gestion des eaux pluviales et lutte contre les inondations.
  • La renaturation doit devenir une politique urbaine structurée, fondée sur un diagnostic, l’identification des espaces à végétaliser, le choix d’essences adaptées, l’implication des habitants et l’accompagnement par des professionnels du paysage.

Il va faire chaud, et même très chaud, en ville dans les prochaines années. Selon l’Agence Parisienne du Climat, la capitale pourrait connaître des pics de chaleurs à 50 °C l’été à partir de 2040, avec un climat qui sera alors identique à celui de Tanger. De son côté, Lyon pourrait cumuler jusqu’à 36 jours de canicule par an, contre une vingtaine en moyenne actuellement, tandis que Météo-France prévoit jusqu’à 28 nuits à plus de 20 °C sur le territoire bordelais d’ici 2050. Problème, les grandes agglomérations ont été construites en fonction des températures modérées qui prévalaient jusqu’ici. Il y a donc urgence à adapter le modèle existant. Pour y parvenir, la végétalisation représente une solution efficace et simple à mettre en œuvre pour rafraîchir nos villes. Que peut-on attendre exactement de la végétalisation ?

Deux à quatre degrés en moins, et bien plus encore

Face aux canicules à répétition, dont la fréquence et l’intensité ne cessent d’augmenter, la végétalisation permet de réduire les températures urbaines de deux à quatre degrés partout où l’on installe des espaces de verdure. En créant des zones ombragées, les végétaux et les arbres apportent naturellement de la fraîcheur dans l’espace public lors des périodes de fortes chaleurs. C’est donc un élément clé de l’adaptation au réchauffement climatique.

Grâce à la photosynthèse, les plantes contribuent également à assainir l’air en captant une partie des particules fines et en aspirant le CO2 présent dans l’atmosphère, ce qui est un atout pour améliorer la santé des citadins. « Le développement des espaces de verdure permet une réduction mesurée d’à peu près 15 000 cas d’asthme infantile, de même que 275 000 cas de diabète de type 2 grâce à l’augmentation de l’activité physique. En végétalisant, on modifie en effet les habitudes de circulation au bénéfice de la marche et du vélo », explique Nicolas Leroy, président de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep), dont les membres veillent chaque jour à ce que la nature prenne toute sa place dans nos territoires. Selon une étude réalisée par le cabinet Asterès, ce sont ainsi 22 000 vies qui ont été sauvées en 2023 grâce au développement de zones renaturées.

Autre avantage, la végétalisation permet de rendre les villes plus résistantes face aux phénomènes météorologiques extrêmes, dont le nombre est lui aussi en augmentation. La désimperméabilisation des sols participe à la création de villes éponges, perméables, qui favorisent l’évacuation des eaux pluviales dans les sols, et luttent ainsi contre les inondations.


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Des villes de plus en plus vertes

Avec autant de bénéfices, les municipalités ont tout intérêt à faire le choix de la renaturation, et certaines ont déjà une longueur d’avance. Disposant d’environ 100 m² de verdure par habitant, soit près du double de la moyenne nationale, Angers est aujourd’hui considérée comme la championne de la végétalisation. Depuis plusieurs années, la municipalité multiplie les parcs, les jardins partagés et les arboretums, si bien que 80 % des habitants vivent à moins de 300 mètres d’un espace renaturé.

Dynamique similaire à Paris, où le programme « Rues aux écoles » a pour objectif de piétonniser et de végétaliser les abords de 300 établissements scolaires pour créer des îlots de fraîcheur et des zones calmes. Par ailleurs, la capitale a planté 213 000 nouveaux arbres depuis 2014, en resserrant leur espacement pour créer des canopées protectrices. En complément, la municipalité octroie des « permis de végétaliser » qui permettent aux habitants d’installer des jardinières au sol, de fleurir le pied des arbres et de jardiner en pleine terre, après suppression du revêtement du trottoir par les services de la voirie. Le but : permettre à toutes et à tous de participer à la transition vers une cité plus verte, plus fleurie et plus agréable.

De son côté, Lyon a mis en place des « parcours frais » qui relient parcs, jardins et lignes de transport grâce à des rues et à des places renaturées, en ciblant prioritairement les quartiers les plus vulnérables à l’augmentation des températures. Rennes, pionnière en la matière, accompagne depuis plusieurs années les habitants qui souhaitent verdir leurs trottoirs, et prévoit de planter 500 arbres supplémentaires d’ici à 2030 pour répondre aux attentes des populations. « Renforcer la présence de la nature est aussi un moyen d’améliorer le cadre de vie, et donc l’attractivité des métropoles. En plus de la dimension écologique, il y a également une dimension économique à la renaturation », précise Nicolas Leroy.

Des exemples qui essaiment : Avignon a lancé un programme de végétalisation participative qui offre aux habitants la possibilité de planter devant chez eux avec l’appui technique de la commune, quand La Rochelle a cessé le désherbage des trottoirs devant les habitations.

La végétalisation urbaine étape par étape

Alors, comment s’y prendre ? Pour les élus qui souhaitent franchir le pas, la première étape consiste à établir un diagnostic des effets produits par les pics de chaleur et les précipitations, afin de mesurer l’impact réel de ces phénomènes sur la vie quotidienne. Dans un second temps, il faut identifier les espaces disponibles, que ce soient des trottoirs ou des friches laissées à l’abandon, en prenant en compte le taux d’ensoleillement et la nature des sols pour pouvoir planter et faire pousser dans les meilleures conditions. « Pour renforcer les bénéfices de la végétalisation, il faut prioriser autant que possible la continuité des sols vivants et désimperméabilisés, car ils stockent le carbone et régulent le cycle de l’eau », détaille Nicolas Leroy.

Ensuite, il faut mobiliser. La renaturation doit être un projet collectif qui réunit municipalités, habitants et associations autour d’une même ambition dans une logique de concertation et d’efforts partagés.

Tous les projets ont du sens, aussi bien des plantations en bacs ou des micro-jardins que des projets plus ambitieux, comme des rues végétalisées ou des forêts urbaines. Il est aussi essentiel de choisir des plantes adaptées au climat local et peu gourmandes en eau, afin de garantir la durabilité des aménagements. Il est tout aussi important d’être accompagné par les professionnels du secteur, paysagiste-concepteur et entreprise du paysage.

Entretenir les espaces de nature en ville est donc un investissement (et non une charge) qui renforce le patrimoine des collectivités et augmente les services écosystémiques de cette végétation.

Aujourd’hui, végétaliser est une opération d’aménagement urbain essentielle à réaliser pour rendre l’espace public plus agréable et plus respirable, mais aussi plus vivant et plus beau. La végétalisation est un facteur non seulement d’adaptation, mais aussi d’embellissement. À ce titre, elle pourrait être l’élément cardinal de la ville durable et désirable de demain.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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