Publié le 26.08.19

Comment les métropoles régionales et les villes moyennes séduisent-elles les sièges d’entreprise ?

Au-delà de Paris et des autres grandes métropoles, point de salut pour les sièges d’entreprises ? Il est vrai que l’émulation économique se mesure plus facilement dans les zones denses. Cependant, les métropoles régionales et villes moyennes sont en passe de séduire de plus en plus d’entreprises via notamment trois critères. Transports, qualité de vie, et image du territoire, notamment.

Le transport

Parmi les facteurs qui invitent à croire au renforcement de l’attractivité des métropoles régionales et villes moyennes, le transport arrive en tête. Et notamment dans le cadre de la liaison directe avec une métropole plus importante. 

Pour y parvenir, divers paramètres entrent en ligne de compte, à commencer par la montée en puissance du covoiturage et de l’autopartage. En plus d’être une manière de limiter les émissions de gaz à effet de serre, le covoiturage permet de désengorger la ville pour les trajets domicile-travail et d’optimiser les trajets plus longs jusqu’à la grande métropole la plus proche. 

L’amélioration globale des grands axes, par la route et par le train, permettent également aux villes de gagner en attractivité. Nombreuses sont celles qui profitent notamment de temps de trajets diminués. Depuis Reims, il est ainsi possible de venir à Paris en 45 minutes, soit autant – voire moins – qu’un trajet en transports en commun depuis la petite couronne. À Bordeaux, depuis 2017, il ne faut plus que 2h04 pour parcourir 630 km et rejoindre Paris en TGV à plus de 300 km/h. 

Ces temps de parcours resserrés entraînent une diminution des distances, alors que les nouvelles technologies les réduisent déjà et que les deux combinés s’apprêtent à changer encore la donne. Pour Pierre-Edouard Boudot, directeur de la recherche et de la prospective CBRE, qui est intervenu à la conférence « Immobilier, entre mutations et innovations » organisée par les Échos en juin 2019 : “Cela profite à beaucoup de travailleurs indépendants qui font le choix de s’installer dans des villes comme Saint-Étienne, tout en allant voir leurs clients dans de grandes métropoles comme Lyon une à deux fois par semaine”. De plus, dans les métropoles régionales, le budget pour se loger est dans tous les cas moins élevé que dans la capitale où les prix continuent leur ascension. Cet état de fait éloigne alors de plus en plus la classe moyenne qui finit par chercher une ville plus accueillante financièrement. 

Pour autant, est-ce que cela suffit aux villes moyennes pour devenir assez attractives aux yeux des entreprises ? Pour Pierre-Edouard Boudot, cela dépend justement du transport et du logement : “Ces dernières années, nous avons assisté à un envol des grandes métropoles alors que les métropoles régionales restaient en retrait en termes d’attractivité. Depuis 10 ans, le poids des 10/12 grandes métropoles s’est rééquilibré par rapport à Paris. En revanche, dans les métropoles comme celles de Rouen, l’activité reste peu significative si on compare avec Lyon ou Marseille. Les mutations sociétales vont-elles les faire gagner en attractivité ? C’est par le biais du coût du déplacement que les métropoles régionales vont gagner en attractivité. Si on réunit deux facteurs : coût du logement moins important et transports performants, comme entre Saint-Étienne et Lyon par exemple”.

Les distances vont-elles encore pouvoir être réduites grâce à la vitesse ? Avec le projet français Spacetrain, un train filant sur un coussin d’air, qui pourrait aller à plus de 700 km/h, il est permis d’y croire. Ainsi, d’Orléans à Paris, le trajet ne serait plus que de 13 minutes, contre 1h10 actuellement en TGV. Propulsé à l’hydrogène et sans aucune émission polluante, le train du futur devrait transporter des voyageurs à partir de 2025. Son concurrent direct outre-Atlantique est l’Hyperloop du milliardaire Elon Musk, à sustentation (soutien en équilibre) magnétique qui pourrait aller encore plus vite, à 1200 km/h, soit à la limite du mur du son.

La qualité de vie

En juin 2019, comme tous les ans, l’hebdomadaire Le Point faisait sa une sur les 70 villes françaises les plus attractives, avec un focus important : la qualité de vie. Laquelle se mesure à l’aune de l’air que l’on respire, des espaces verts, d’une bonne connectivité, de crèches, d’écoles, et d’un prix du logement à des niveaux encore corrects. 

Toujours selon l’enquête annuelle du Point, les cadres vivant à Paris, ou dans les grandes métropoles, recherchent ce nouveau mode de vie afin, entre autres, d’élever leurs enfants dans un environnement plus plaisant. Aller vivre en province n’est plus vu comme un déclassement mais, au contraire, comme un nouveau départ plus respirable et moins cher. C’est finalement Strasbourg et Mulhouse, dans le classement du Point, qui s’inscrivent désormais comme des villes où l’on trouve une meilleure qualité de vie. Le TGV Est, les pistes cyclables, l’esprit village des quartiers… Tout cela rend les villes du Grand-Est particulièrement attractives.

Ailleurs en France, Angers a été sacrée “ville la plus verte” par l’UNEP (Union Nationale des Entreprises du Paysage) deux années de suite. Reconquête des voies sur berges, biodiversité sauvegardée et augmentée grâce à l’implantation de jardins, tri drastique des déchets, sensibilisation des habitants, etc., la ville coche de nombreuses cases pour attirer de nouveaux habitants. À Tours, on mise notamment sur le marketing territorial puissant. Depuis deux ans, la Métropole organise le salon Blog’n Tours, mettant à l’honneur les influenceurs qui offrent une formidable exposition à la ville, et mise également sur une campagne d’affichage puissante dans la capitale. Avec la Métropole Numérique qui permet le très haut débit aux entreprises, particuliers et partenaires de la collectivité, ainsi que de très nombreuses formations dans ce secteur, elle met aussi un point d’honneur à avancer avec son temps. 

Les nouveaux modes de travail

Les villes moyennes bénéficient par ailleurs du développement des nouveaux modes de travail, autrement dit la mutation qui s’est opérée à la faveur du statut de freelance (auto-entrepreneur ou autres) et du télétravail chez les salariés. Le nomadisme, la mobilité, deviennent des facteurs déterminants pour une installation dans les villes de province dynamiques. 

Technologies aidant, il est aujourd’hui plus simple de s’installer dans des villes moyennes tout en continuant de travailler avec des clients situés dans une grande métropole. Ou bien, pour des cadres, de faire du télétravail plusieurs jours par semaine. Cette mutation est un véritable marqueur de l’époque qui ne voit plus le siège de l’entreprise comme l’endroit où tout se passe. Il est et restera un repère mais il n’est plus le centre névralgique de la productivité des collaborateurs. Lesquels se retrouvent alors dans des tiers-lieux, comme de petits ou grands espaces de coworking.

Fondé en 2017 par Clément Alteresco, la startup Morning Coworking encourage par exemple ses coworkers à se rencontrer et à créer des synergies au sein d’espaces communs (salon, cuisine, salle de sport ou de jeux) ou au cours des événements organisés pour la communauté (conférences, petit-déjeuners, apéros). Ces espaces deviennent ainsi de véritables lieux de vie, de travail et de rencontres. 

Nous accompagnons ces mutations profondes en créant des espaces de travail qui s’adaptent aux besoins des travailleurs et à leurs métiers : concentration, rencontre, échange, bien-être et liberté afin que chacun se sente bien pour venir travailler

Claire Riondel, Directrice de la communication chez Morning Coworking

Hiptown, de son côté, commercialise des locaux vacants, qui peuvent être en zones non dense, de façon précaire, redonnant de la vie à l’immeuble concerné et reversant une partie des revenus locatifs au propriétaire, participant ainsi à l’émulation commerciale du quartier et créant potentiellement de l’attractivité dans une zone peu active.

Il faut dire que tous les sièges d’entreprise vivent un bouleversement non seulement des modes de travail mais aussi du côté immobilier. Les mètres carrés dans les grandes métropoles sont de plus en plus chers, elles doivent trouver des solutions. Cela passe par le flex-office, avec des bureaux non attribués, et le télétravail qui limitent de fait la place nécessaire, autrement dit par des aménagements différents et moins coûteux à long terme. 

Le coût de la vie pour les salariés, le coût de l’immobilier pour les entreprises, l’envie d’une meilleure qualité de vie, le changement profond du travail dans le secteur tertiaire : tous ces éléments concourent à une élévation et à une accélération de l’attractivité des métropoles régionales, à condition que tous ces critères mêlant la mobilité, l’environnement et les aménagements soient réunis.