Entrées de ville : vue d'une zone industrielle
Publié le 08.01.26 - Temps de lecture : 3 minutes

Entrées de ville : d’espaces décriés à objets de toutes les attentions

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Longtemps considérées comme des zones monofonctionnelles disgracieuses, les entrées de ville font leur retour dans les réflexions urbaines. À Sciences Po Paris, des experts travaillent main dans la main avec des étudiants pour réinventer ces territoires oubliés.

À RETENIR

  • Les entrées de ville, longtemps perçues comme des zones commerciales périphériques et monofonctionnelles, font aujourd’hui l’objet d’une revalorisation dans les politiques urbaines, notamment en raison des enjeux liés à la sobriété foncière et à la transition écologique.
  • Une nouvelle génération d’urbanistes, notamment des étudiants de Sciences Po, propose des scénarios prospectifs pour 2050, imaginant ces espaces comme des quartiers mixtes ou des zones de production locales intégrées au tissu urbain.
  • L’association Deuxième Acte, en collaboration avec des acteurs publics et privés, pilote des projets concrets pour transformer ces territoires, en s’appuyant sur des approches participatives et des outils mutualisés.
  • Ces initiatives visent à faire des entrées de ville de véritables quartiers durables, vivants et multifonctionnels, rompant avec leur image de zones de transit pour les inscrire pleinement dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui encore, les entrées de ville concentrent plus de 70 % de la consommation des ménages. Entre les courses du samedi après-midi et les virées shopping en période de solde, elles continuent de faire partie du quotidien des Français. Elles cumulent toutefois des fragilités : forte dépendance à la voiture, artificialisation des sols, absence de mixité des usages. Développés dans les années 1960-70 sans véritable planification, au fil des opportunités foncières, ces espaces standardisés sont restés monofonctionnels, tournés vers l’activité commerciale plus que vers la vie de quartier. C’est le constat que partage l’association Deuxième Acte, 1re association dédiée à l’accélération de la transformation des entrées de villes en France. « Ces sites sont ambivalents : ils sont fréquentés et fortement plébiscités par les Français, et, en même temps, ils concentrent une somme considérable de problématiques sur les plans écologique, climatique et socio-économique », nous confie Lise Mesquida, fondatrice de l’association.

Longtemps laissées en marge, les entrées de ville font l’objet d’un nouvel intérêt depuis l’émergence des politiques de sobriété foncière et du zéro artificialisation nette (ZAN). Ce basculement est porté par une nouvelle génération de professionnels de l’urbanisme et d’étudiants, comme les étudiants du Cycle d’urbanisme de Sciences Po Paris, à l’origine de l’étude « Requalifier les entrées de ville – Constats, stratégies et prospectives » publiée en juin 2025. « Ils ont un regard moins péjoratif, plus valorisant. Ils voient ces espaces comme des espaces centraux et non plus périphériques. Les étudiants ont fait un travail assez fin sur les représentations de ces quartiers-là », souligne Bertrand Vallet, responsable du Cycle d’urbanisme de Sciences Po Paris. Dans leurs regards, les entrées de ville cessent d’être de simples zones commerciales à la marge : on y va au cinéma, au bowling, en famille le week-end, on y passe une partie de ses loisirs. Elles sont des centralités du quotidien, même si elles n’ont longtemps pas été reconnues comme telles par les acteurs institutionnels.

Quels futurs pour ces territoires?

C’est dans cette perspective que les étudiants ont imaginé différents scénarios pour les entrées de ville du futur. À quoi s’attendre en 2050? Deux scénarios sortent du lot : l’entrée de ville comme « polarité secondaire » et l’entrée de ville comme « ceinture productive ».

Dans le premier cas, l’entrée de ville est un quartier mixte pleinement intégré à la ville. On y vit tout autant qu’on y consomme. Bertrand Vallet, qui a accompagné le travail des étudiants, l’explique : « On peut imaginer dans ce scénario introduire de l’habitat dans des entrées de ville qui en contiennent peu aujourd’hui ». Logements, commerces de proximité, équipements publics, cette projection nous invite à imaginer un véritable lieu de vie.

Dans la seconde projection, l’entrée de ville devient un espace de production au sein du territoire, basée sur les circuits courts. « Les entrées de ville sont propices à certaines formes d’industrie. Pas de l’industrie très lourde et polluante, mais quelque chose d’intermédiaire, comme l’artisanat, qui a des besoins fonciers immobiliers spécifiques à proximité des villes », explique-t-il.


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Des acteurs de terrain engagés

Sur le terrain, des acteurs comme Lise Mesquida s’engagent pour accélérer la transformation de ces territoires. « La transformation des entrées de ville est un enjeu majeur de la redirection écologique et socio-économique des villes aujourd’hui. Il est urgent d’en faire une priorité des stratégies nationales et locales d’aménagement du territoire », affirme-t-elle. Il devient d’autant plus nécessaire d’agir que la situation semble bloquée depuis une vingtaine d’années. Ces zones, largement artificialisées, perturbent les équilibres naturels. Elles fragilisent la biodiversité en portant atteinte aux grands corridors écologiques, génèrent des îlots de chaleur urbains et sont largement exposées aux risques d’inondation.

C’est dans ce contexte qu’elle tutore cette année un projet collectif avec les étudiants de l’École urbaine de Sciences Po Paris, en partenariat avec Nexity, consacré à la transformation des entrées de ville, sous le prisme des acteurs privés. « Nous mettons les étudiants à contribution en tant que futurs usagers et futurs concepteurs de ces sites. On a besoin de regards neufs et de challenger les pratiques actuelles », ajoute Lise Mesquida. Pour elle, l’enjeu est clair : embarquer les foncières, les propriétaires, les enseignes et les promoteurs dans des projets de transformation, à une époque où la puissance publique ne peut plus assumer seule le coût des mutations à venir.
« Nous souhaitons rassembler autour de Deuxième Acte une communauté d’acteurs publics et privés pour développer des outils mutualisés et permettre l’engagement massif d’opérations de transformation. »

Pour répondre à ces questions, l’étude lancée en octobre 2024 mobilise des étudiants qui vont rencontrer des acteurs clés de ces territoires pour comprendre leur stratégie économique, foncière, et immobilière, afin d’identifier à la fois les leviers de la transformation, mais aussi les principaux points de blocage (technique, juridique, financier, organisationnel). Deuxième Acte fait de la communication audiovisuelle un fil rouge de sa démarche et développera, avec les étudiants, un format de restitution de leur travail original qui sera dévoilé en juin 2026.

Cette nouvelle dynamique, portée par des acteurs de terrain, des chercheurs et des étudiants, invite à repenser en profondeur le rôle des entrées de ville. Pour Bertrand Vallet : « L’entrée de ville du futur, c’est celle que l’on appellera plus entrée de ville. Elle sera un quartier à part entière ».

À terme, ces espaces pourraient cesser d’être des zones de passage pour devenir des lieux intégrés à leur territoire, inscrits dans la vie quotidienne des habitants.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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