
La Région Bretagne initie une stratégie foncière ambitieuse pour garantir le logement abordable.
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Acheter un terrain en Bretagne relève parfois du parcours du combattant. Pour sortir le foncier de la spéculation et favoriser le logement abordable, la Région a créé Bretagne Foncier, une structure capable de conserver les terrains stratégiques sur le long terme.
À RETENIR
- La Bretagne, région très attractive et fortement consommatrice de foncier, doit réduire drastiquement l’artificialisation des sols d’ici 2031 et 2050 conformément à la loi ZAN, dans un contexte de hausse des prix liée à la spéculation foncière.
- Pour reprendre la maîtrise du sol, la Région crée Bretagne Foncier, une SAS dotée de 30 millions d’euros, réunissant l’EPFB, la Banque des Territoires et SemBreizh, avec une capacité d’intervention pouvant atteindre 100 millions d’euros.
- La structure peut acquérir et conserver des terrains stratégiques sur 10 à 20 ans, avant même la définition d’un projet, afin de les rétrocéder ensuite aux collectivités pour des opérations d’intérêt général favorisant le logement abordable.
- Focalisée sur le renouvellement urbain, les friches et la densification, Bretagne Foncier combine portage long terme, équilibre économique régional et péréquation, sans nouvelle artificialisation des espaces naturels ou agricoles.
Et si l’enjeu du logement abordable se nichait d’abord dans la maîtrise du sol ? Région française parmi les plus attractives sur le plan démographique, la Bretagne est aussi la plus consommatrice de foncier sur la dernière décennie dans l’Hexagone. Or, la mise en œuvre du Zéro artificialisation nette (ZAN), va changer la donne : la loi impose une réduction drastique de la consommation foncière, celle-ci devra en effet être divisée par deux d’ici 2031, puis à nouveau réduite de moitié d’ici 2050.
Dans le même temps, les élus font un constat préoccupant : dans les zones tendues, des foncières privées acquièrent des terrains stratégiques sans projet immédiat. Deux facteurs qui, conjugués, font flamber les prix. « Agir sur le foncier, c’est sortir d’une logique spéculative », résume sobrement Laurence Fortin, vice-présidente de la Région.
Passer du court terme au temps long
Si la Bretagne disposait déjà d’un Établissement public foncier régional (EPFB), celui-ci n’intervient toutefois que sur des durées limitées, ce qui ne répond pas pleinement aux besoins exprimés par les territoires.
C’est donc dans ce contexte que la Région a lancé Bretagne Foncier, une SAS au capital de 30 millions d’euros, partagée à parts égales entre l’EPFB, la Banque des Territoires et SemBreizh, acteur régional du développement territorial.
Une foncière de long terme au service du logement abordable
Le principe de Bretagne Foncier est simple : les fonciers stratégiques sont identifiés puis loués si nécessaire par la structure, puis rétrocédés aux collectivités ou à des aménageurs pour des projets d’intérêt général. « Nous avons une capacité foncière pouvant atteindre 100 millions d’euros, c’est un effet de levier important », argumente la Vice-Présidente.
Et contrairement aux outils classiques, Bretagne Foncier peut intervenir avant même qu’un projet ne soit défini. La structure peut conserver un terrain 10 voire 20 ans, laissant aux collectivités le temps de décider de son usage.
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Une organisation légère, fondée sur la complémentarité
L’originalité de cette structure tient à sa double ambition : rendre le logement abordable tout en soutenant l’activité économique locale. « La foncière n’interviendra que sur du renouvellement urbain, les friches et zones à densifier », détaille encore notre interlocutrice.
La SAS s’appuie sur l’expertise de ses partenaires et vise un équilibre économique sur l’ensemble du territoire. La gestion locative permet ainsi de générer des revenus pendant la durée du portage. « Nous avons une ambition de péréquation à l’échelle régionale, sur l’ensemble du portefeuille : nous savons qu’il faudra accepter une rentabilité plus étalée sur certains territoires que sur d’autres, et cela fait partie intégrante du projet », décrypte Laurence Fortin.
En se concentrant exclusivement sur le renouvellement urbain, la foncière évite en outre toute consommation nouvelle d’espaces naturels ou agricoles.
Une singularité bretonne
Si certaines régions françaises disposent d’outils similaires, aucune n’a misé sur un portage foncier aussi long et à l’échelle régionale, combinant logement, économie et péréquation.
Dans un contexte de crise du logement, la Bretagne fait ainsi du foncier un levier stratégique pour produire du logement abordable, préserver les sols et redonner à la collectivité la maîtrise de son développement. Une région qui mise sur le temps long pour reprendre la main.



