Publié le 05.07.19

Piétonnisation des centres-villes : un modèle à suivre ?

Un centre-ville sans aucun véhicule, où les piétons peuvent circuler paisiblement et en toute sécurité : peut-on y croire ? La révolution semble déjà en marche, puisque de nombreuses villes ont déjà commencé à faire sortir les voitures de leur centre, à l’instar de Paris qui vient d’annoncer son grand plan de piétonnisation autour du site de la Tour Eiffel. Ces mesures ne font pourtant pas l’unanimité. Alors entre utopie et réalité, la piétonnisation des villes est-elle vraiment une solution d’avenir ?

Économie et écologie : les deux arguments des municipalités

À l’initiative de ce vaste projet, un simple constat : la voiture occupe une place disproportionnée dans l’espace public, au détriment des piétons. La logique adoptée dans les années 70 qui souhaitait adapter la ville à la voiture s’inverse aujourd’hui : de plus en plus, les automobiles sont reléguées à la périphérie. En offrant un terrain de jeu plus vaste et plus sécure aux piétons, les bénéfices sont nombreux. En premier lieu, pour les affaires. Les aires piétonnes permettent de booster le dynamisme commercial et de mettre en valeur les petits commerçants.

Plus globalement, c’est tout un cadre de vie qui devient plus agréable, plus plaisant, en réduisant les nuisances sonores et la pollution. C’est dans cette optique que Philippe Saurel, maire de Montpellier, a déjà bien amorcé son projet de piétonnisation. La ville possède aujourd’hui le plus grand espace piéton français et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’opération « Places pour tous » annonce un véritable changement pour cette ville de 277 000 habitants : extension des zones piétonnes, optimisation des transports, rénovation urbaine de l’épicentre.

Des commerçants et des automobilistes inquiets

De l’autre côté de la balance, les avis sont mitigés. En première ligne, les automobilistes s’interrogent. Certains d’entre eux ont en effet la nécessité d’utiliser leur voiture au quotidien, ne serait-ce que pour se rendre au travail. L’amélioration de la qualité de l’air ne peut être niée mais piétonniser le centre-ville revient finalement à déplacer le problème de la pollution et non à le résoudre. Et quid des résidents de la périphérie qui devront emprunter les transports pour venir jusqu’au centre-ville ? Certains commerçants se demandent si ces derniers ne préféreront pas plutôt fréquenter les magasins en dehors de la ville, facilement accessibles en voiture.

Certaines municipalités ont d’ailleurs dû faire marche arrière. C’est notamment le cas à Londres, où la mairie a revu sa copie pour Oxford Street. La célèbre artère devait devenir entièrement piétonne mais les commerces se sont fermement opposés au projet. Résultat des courses : la piétonnisation totale n’aura pas lieu.

La piétonnisation du centre-ville : Paris au banc d’essai

Dans la capitale française, Anne Hidalgo s’est engagée en faveur d’une stratégie globale pour les piétons. Son objectif ? Redessiner la ville pour encourager les déplacements à pied.

Lors de la présentation du projet de réaménagement du site de la Tour Eiffel qui a eu lieu le 21 mai dernier, la Maire de Paris a annoncé que le passage du Trocadéro à la Tour Eiffel sera rendu aux piétons et végétalisé d’ici 2024. Pour Jean-Louis Missika, adjoint à la mairie de Paris en charge de l’urbanisme, “ce site présente une attractivité que sa fréquentation a contribué à dénaturer et à transformer sans réflexion globale avec beaucoup trop de voitures, du tourisme de masse, trop d’autocars”. Ce plan de piétonnisation de très grande envergure pourrait donc redonner aux parisiennes et parisiens l’envie de s’y promener.

La journée sans voiture organisée dans la capitale avait déjà su convaincre de nombreux parisiens en septembre dernier. Parmi les mesures très attendues du plan « Paris Respire », les quatre premiers arrondissements de Paris sont devenus entièrement piétons un dimanche par mois. Les berges piétonisées de la rive droite ont elles aussi trouvé leurs adeptes, avec un passage de plus de 2,5 millions de visiteurs en deux ans. Cette mesure permet aux parisiens de profiter de 4,5 hectares au bord de l’eau, en toute quiétude, après un débat judiciaire chaotique qui a finalement mené en octobre 2018 à une piétonnisation définitive des quais.

Pontevedra : quand le rêve devient réalité

Au nord de l’Espagne, la ville de Pontevedra s’est vidée de toutes ses voitures depuis vingt ans. Le piéton a repris ses droits dans cette commune de 80 000 habitants. Pour rentrer dans le centre-ville, il faut désormais laisser sa voiture sur l’une des 2.000 places de stationnement gratuit autour de Pontevedra. Le verdict est sans appel : les émissions de CO2 ont diminué de 60% depuis la mise en place de ces mesures et 70% des déplacements se font désormais à pied. Une pratique d’ailleurs encouragée par l’application MetroMinuto, qui aide les habitants à choisir leurs itinéraires et à calculer leur temps de trajet directement depuis leur smartphone.

Illustration - piétonnisation urbaine

Cap sur l’avenir : les projets de piétonnisation

Le mouvement sans-voiture gagne du terrain. La capitale espagnole par exemple envisage pour 2020 une interdiction totale des voitures sur 200 hectares, dans le cadre d’un plan de mobilité durable. En Norvège, Oslo compte aussi bannir les automobilistes du centre-ville dès 2019 et deviendrait ainsi la première capitale à adopter une telle mesure. Les 56 kilomètres de voies de circulation réservées aux voitures seront ainsi transformés en pistes cyclables. Une opération qui a déjà fait ses preuves dans les pays du Nord, puisque Copenhague, avec ses 320 kilomètres de voies pour les cyclistes, a l’un des taux les plus faibles de possession de voiture dans toute l’Europe. 2019 devrait aussi marquer la piétonnisation de toute la Canebière marseillaise entre le Vieux Port et le Cours Lieutaud et l’élargissement du dispositif « Paris Respire » pour des arrondissements 100% piétons tous les dimanches.