
JUNN : vers un service public du jumeau numérique ?
Et si le jumeau numérique n’était plus réservé aux grandes métropoles ? Avec JUNN, l’État veut doter les territoires d’un socle commun pour visualiser, simuler et mieux anticiper leurs transformations. Explications avec Yann Le Yhuelic, directeur commercial et marketing France et Frédéric Schettini, directeur du programme JUNN chez VertiGIS, le chef de file du projet JUNN.
À RETENIR
- Doté d’un budget de 40 millions d’euros, dont 25 millions financés dans le cadre de France 2030, le programme JUNN ambitionne de démocratiser l’usage des jumeaux numériques dans les territoires.
- En mutualisant les données et les outils techniques, JUNN doit permettre aux collectivités, y compris les plus petites, de développer leurs propres jumeaux numériques à moindre coût.
- Quatre territoires pilotes, les Alpes-Maritimes, la Charente-Maritime, la Gironde et l’Ille-et Vilaine, participeront au développement et à l’expérimentation de ce socle commun.
- Une première version sera disponible en mars 2027, avant l’intégration progressive d’outils permettant notamment de simuler les risques d’inondation, les incendies ou les effets du changement climatique d’ici 2029.
Cet été, les incendies qui ont frappé la Gironde et les Landes ont rappelé combien les territoires doivent pouvoir anticiper les risques et tester différents scénarios. C’est précisément l’une des promesses du jumeau numérique : reproduire virtuellement un environnement pour mieux comprendre son fonctionnement et simuler ce qui pourrait s’y produire.
Né dans l’industrie au début des années 2000, le jumeau numérique servait d’abord à modéliser des avions, des voitures ou des machines. Depuis quelques années, les villes s’en emparent à leur tour. Dijon, Angers, Nice, Paris ou encore Issy-les-Moulineaux ont ainsi développé leurs propres démarches, avec des usages allant de la mobilité à la gestion des risques en passant par l’aménagement.
Mais jusqu’ici, chacune devait largement construire son propre socle technique. « Elles ont toutes peu ou prou développé la même chose », résume Yann Le Yhuelic, directeur commercial et marketing France chez VertiGIS. C’est ce constat qui a conduit l’État à changer d’échelle.
JUNN, un socle commun pour les territoires
Le programme JUNN, Jumeau Numérique National, était anciennement connu sous le nom de Jumeau Numérique de la France et de ses Territoires (JNFT). JUNN est un programme de 40 millions d’euros, dont 25 millions financés à travers la France 2030 et opéré par la Banque des Territoires.
Lancé en avril 2026 à l’initiative de l’IGN, du Cerema et d’Inria, il rassemble un consortium de partenaires publics et privés, parmi lesquels VertiGIS, le CNES, le BRGM, l’IFPEN, Géodata Paris, GeometryFactory, Camptocamp, Geofit/IGO, Siradel, LuxCarta ou encore Cap Digital.
Son objectif n’est pas de créer un gigantesque double virtuel unique de la France. « La vocation de JUNN, c’est de bâtir ce socle », insiste Yann Le Yhuelic. Autrement dit, une infrastructure commune sur laquelle pourront ensuite s’appuyer les collectivités, les bureaux d’études ou les entreprises pour développer leurs propres jumeaux numériques.
Données, outils de visualisation, connecteurs entre différents systèmes et, à terme, services de simulation : l’idée est de mutualiser les briques techniques pour éviter que chaque territoire ne reparte de zéro.
Le programme repose sur deux volets. Le premier relève d’une logique de service public : rendre un socle commun accessible au plus grand nombre. Le second doit permettre à une filière économique de développer des applications adaptées aux besoins locaux.
Car un territoire exposé aux incendies ne recherchera pas les mêmes outils qu’une métropole confrontée à la congestion ou qu’une commune littorale travaillant sur les risques de submersion. Le socle peut être commun ; les usages, eux, restent territorialisés.
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Rendre le jumeau numérique accessible à plus de collectivités
C’est aussi l’un des enjeux majeurs de JUNN. Jusqu’ici, les projets de jumeaux numériques ont surtout été portés par des collectivités disposant de moyens financiers et techniques importants.
« Si vous n’avez pas l’argent, vous n’allez jamais sur le terrain du jumeau numérique », observe Yann Le Yhuelic. En mutualisant une partie de l’investissement, JUNN entend abaisser cette barrière d’entrée.
Soutenu par l’État dans le cadre du dispositif « Jumeau Numérique de la France et des Territoires » de France 2030, opéré par la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts), le programme doit permettre à terme de croiser des données nombreuses et hétérogènes : bâtiments, routes, réseaux, météo, trafic ou données locales. L’objectif est moins de produire une belle représentation 3D que d’en faire un outil d’aide à la décision.
Un projet de nouveau quartier pourrait ainsi être confronté aux capacités des écoles, des transports ou des réseaux existants. Un territoire pourrait aussi simuler une inondation ou un feu de forêt afin d’en mesurer les effets potentiels.
« L’enjeu, c’est aussi de pouvoir restituer une analyse qui peut être très complexe, la vulgariser pour que ce soit un outil d’aide à la décision », souligne Frédéric Schettini, directeur du programme JUNN.
Premières briques attendues en 2027
Une première version du socle est attendue en mars 2027. Quatre territoires pilotes participent au projet : les Alpes-Maritimes, la Charente-Maritime, la Gironde et l’Ille-et-Vilaine. Lors de cette première étape, les Alpes-Maritimes et l’Ille-et-Vilaine doivent notamment être modélisées en trois dimensions avec un niveau de précision élevé.
« Il faut voir le socle technique comme une bibliothèque logicielle », explique Frédéric Schettini. Un portail doit permettre d’accéder aux données et aux services, tandis que différentes briques de géovisualisation seront progressivement mises à disposition.
Les outils de simulation arriveront dans un second temps. « Les aspects simulation ne seront pas traités en première année, mais à partir de la deuxième année », précise-t-il. Inondations, feux de forêt ou effets du changement climatique font partie des usages envisagés.
Le programme doit se poursuivre jusqu’en mars 2029. À cette échéance, ses partenaires visent un socle suffisamment mature pour permettre le déploiement de différents jumeaux numériques sur les territoires.



