
« Les jeunes placent le logement au cœur de leurs préoccupations électorales »
Explosion des loyers, logements vétustes, départs contraints. Le dernier baromètre Odoxa pour Nexity met en lumière une réalité brute : les 18-34 ans sont de plus en plus exclus du logement. Gaël Sliman, président et co-fondateur de l’institut, revient sur les enseignements majeurs de cette enquête.
À RETENIR
- 61 % des 18-34 ans rencontrent des difficultés à se loger et 69 % vivent dans des logements inadaptés, révélant une exclusion croissante des jeunes du marché immobilier.
- Ces conditions précaires entraînent des renoncements majeurs : 50 % réduisent leur budget alimentaire, 30 % refusent des emplois et 21 % renoncent à avoir un enfant.
- Le logement devient un critère déterminant dans les choix électoraux : 63 % des jeunes pourraient voter pour un candidat engagé sur cet enjeu, signalant une forte politisation de la question.
- Un jeune sur deux a déjà été contraint de quitter sa commune faute de logement abordable, traduisant un profond sentiment de déclassement et un impact sur la natalité nationale.
Envies de ville : Que nous apprend cette nouvelle enquête sur le rapport des jeunes au logement aujourd’hui ?
Gaël Sliman : Ce qui change, c’est que l’on mesure désormais de manière très précise l’ampleur des difficultés rencontrées par les jeunes pour se loger. 61 % déclarent avoir du mal à trouver un logement et 69 % vivent dans des logements inadaptés c’est-à-dire trop bruyants, humides, mal chauffés ou peu lumineux.
Ce sont des proportions énormes. Mais surtout, pour la première fois, on documente les conséquences directes de cette situation. Et elles sont massives, transversales, intimes.
Envies de ville : À quel point ces difficultés impactent-elles le quotidien des jeunes ?
Gaël Sliman : Elles traversent absolument tous les pans de leur vie. Cela commence par des tensions familiales : certains sont contraints de rester chez leurs parents, faute de pouvoir se loger seuls. Mais le plus marquant, ce sont les renoncements.
Un jeune sur deux dit avoir réduit son budget alimentaire. 30 % ont déjà refusé un emploi parce que le logement à proximité était trop cher ou introuvable. Et 21 % déclarent avoir renoncé à avoir un enfant. On parle ici de choix de vie majeurs, empêchés pour des raisons économiques. C’est vertigineux.
À lire aussi
- Emploi, alimentation, santé, enfants : ce que les jeunes sacrifient pour un toit
- « Étudiants, logement, rien d’évident ! »
Envies de ville : Le logement devient-il, selon vous, un enjeu politique de premier plan ?
Gaël Sliman : Absolument. Ce baromètre montre que les jeunes et leurs parents placent désormais le logement au cœur de leurs préoccupations électorales. 63% des jeunes et 54 % des Français affirment qu’ils pourraient aux prochaines élections municipales voter pour un candidat qui proposerait des mesures pour faciliter l’accès au logement dans leur commune. Ils sont prêts à voter pour l’opposant s’il apporte une réponse crédible à la crise. C’est un message fort, et pourtant, beaucoup d’élus continuent à sous-estimer cet enjeu. Trop souvent, la peur (injustifiée) d’être “un maire bâtisseur donc battu” les freine. Ils entendent surtout ceux qui protestent contre les chantiers, pas la majorité silencieuse qui a besoin de logements.
Envies de ville : Y a-t-il un chiffre qui vous a personnellement marqué dans cette enquête ?
Gaël Sliman : Il y en a beaucoup, mais trois en particulier donnent la mesure de l’ampleur du problème. D’abord, un jeune sur deux nous dit avoir été “chassé de chez lui”, ou devoir quitter sa commune parce qu’il ne peut plus s’y loger. Ce chiffre, à lui seul, illustre un sentiment de déclassement très profond, qui alimente l’abstention et les votes de rupture. Ensuite, 30 % des jeunes déclarent avoir renoncé à un emploi parce que le logement ne suivait pas : trop cher, trop éloigné ou tout simplement indisponible. Là aussi, on parle d’un impact direct sur les trajectoires professionnelles.
Et puis il y a ce chiffre qui résonne avec les récents indicateurs catastrophiques de l’INSEE sur la natalité en France : un jeune sur cinq, 21 % dit avoir renoncé à avoir un enfant, ou à en avoir un de plus, parce qu’il ne peut pas accueillir une personne supplémentaire chez lui. Comment réussir ce « réarmement démographique » cher au président de la République si l’on dissuade les jeunes qui le souhaiteraient d’avoir des enfants ? Or, cet enjeu de la natalité est capital pour l’avenir de notre pays, tant en termes de croissance économique que d’emploi, de pérennité de notre système de retraite ou de notre système de santé.



