Place du centre-ville à Rennes ou Strasbourg avec des fontaines et miroirs d'eau où se réunissent les habitants.
Publié le 19.01.23

Les politiques ciblées de Rennes et Strasbourg pour améliorer le cadre de vie de tous

Quand le lieu ne fait plus le lien, la ville se porte moins bien. Afin d’encourager la mixité sociale et intergénérationnelle, des villes comme Rennes et Strasbourg ont mis en place des dispositifs inédits pour que les habitants se retrouvent et réinvestissent des lieux où ils n’avaient plus l’habitude de se rendre.

Les grandes villes refusent de devenir des lieux de grande solitude. Des collectivités comme Rennes et Strasbourg œuvrent ainsi pour l’intérêt général en mettant en place de nouveaux dispositifs. « Le principe d’universalisme proportionné, qui consiste à mener des actions universelles avec une ampleur et une intensité proportionnelle au niveau de défaveur sociale, est très intéressant », explique Yannick Nadesan, adjoint délégué à la santé et au vieillissement à Rennes, qui est aussi président du Réseau des Villes-Santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Quand les collectivités aménagent leurs espaces publics, elles doivent prendre en compte tous les publics, en particulier les plus fragiles. Si une attention forte est portée aux personnes âgées, par exemple en matière de mobilités, cela contribuera à améliorer le cadre de vie de tous les publics et l’action publique devient universelle. »

Une multitude d’initiatives pour prendre soin des aînés

Les publics les plus fragiles sont les premières cibles de ces dispositifs en faveur de l’intérêt général. Selon une étude menée pour les Petits Frères des Pauvres*, « le nombre d’aînés isolés des cercles familiaux et amicaux a plus que doublé (+122 %), passant de 900 000 en 2017 à 2 millions en 2021. » L’adaptation de l’environnement urbain au vieillissement de la population fait l’objet d’une labélisation, intitulée « Ville amie des aînés », comme à Strasbourg et Rennes.

Les initiatives déployées doivent permettre aux plus âgés de sortir de chez eux en sécurité, de rencontrer des pairs ou des plus jeunes. Dans la capitale alsacienne, trois axes d’actions sont privilégiés : l’accessibilité des personnes âgées à la ville, leur bien-être et leur intégration en tant que citoyens à part entière. La ville bretonne a travaillé sur l’habitat (adaptation des logements et résidences intergénérationnelles…), sur la lutte contre l’isolement (par le sport, la culture…) et sur l’information. Dernier axe en chantier : les mobilités.


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Des publics de plus en plus variés

« L’ouverture de la seconde ligne de métro réduit de 50 000 le nombre de véhicules dans Rennes », souligne Yannick Nadesan. « Cela permet de régler des problèmes de circulation, de pollution de l’air et d’apporter plus de confort. Avec une approche d’intérêt général, on améliore le cadre et la qualité de vie, mais aussi l’attractivité économique. Ce sont des investissements qui génèrent beaucoup de richesses pour la ville. C’est la force du service public. »

Les politiques en faveur de l’intérêt général doivent se penser en prenant en compte l’accès des différents dispositifs à l’ensemble des habitants. Mais comment mobiliser les publics qui se sentent peu légitimes pour prendre part aux actions ? Pour répondre à cette question, la municipalité de Strasbourg a mis en place des ateliers de quartier. « Dans les conseils qui existaient jusque-là, nous avons noté un essoufflement de la participation », note Carole Zielinski, adjointe à la maire responsable de la démocratie locale, des initiatives, de la participation citoyenne et de la citoyenneté européenne. « Aujourd’hui, nous souhaitons mobiliser des publics plus variés. La dimension d’intérêt général a été inscrite dans chaque projet. Un bilan est en cours, mais les premiers retours sont encourageants sur les atouts de ces ateliers en matière de diversité. 500 personnes à l’échelle de la ville se sont investies, dont beaucoup sont nouvelles par rapport au format précédent. »

Plus largement, avec le dispositif Villes à vivre, la commune alsacienne entend associer les habitants à la construction des politiques publiques. « Plutôt que de solliciter les habitants projet par projet, nous avons une démarche innovante de participation citoyenne, qui engendre une réflexion globale sur l’ensemble de l’espace public », précise Carole Zielinski. Une démarche qui se concrétise au niveau de l’un des événements phares de la ville.

Pas d’intérêt général sans transparence

Un jury citoyen d’une cinquantaine de personnes a été créé, sur un sujet ô combien important à Strasbourg : la réappropriation du marché de Noël face au sentiment de nombreux habitants d’en être dépossédés. Leurs préconisations sont en cours d’élaboration. Dans cet aréopage citoyen, les personnes engagées doivent donc apprendre à dialoguer sur de nouveaux sujets.

Pour que leurs propositions ne soient pas hors-sol, celles-ci ont été formées par des agents de la collectivité, aux différents enjeux qui concernent le marché de Noël : budgets, difficultés, relations avec les partenaires (exposants, commerçants, concepteur du marché…). « Je m’engage à faire un retour sur toutes les propositions tout en laissant le temps au jury citoyen de les retravailler, en cas de besoin », affirme Carole Zielinski. « L’idée est de pouvoir en intégrer un maximum. » La révolution citoyenne au service de l’intérêt général est lancée.

 

* La 2e édition du Baromètre « Solitude et isolement quand on a plus de 60 ans en France » a été publiée, le 30 septembre 2021, en collaboration avec l’Institut CSA Research, financée par la Fondation des Petits Frères des Pauvres et la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse).

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