Denis Larghero
Publié le 23.06.26 - Temps de lecture : 4 minutes

Géothermie à Meudon : « Du scepticisme, on est passé à l’impatience »

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Denis Larghero, maire de Meudon (Hauts-de-Seine), nous explique comment un réseau de chaleur construit en 1961 va, dès 2027, chauffer 7 600 logements à l’énergie géothermique.

A RETENIR :

  • Un réseau de chaleur historique converti à la géothermie : construit en 1961 à Meudon-la-Forêt, le réseau alimentera dès l’hiver 2027 7 600 logements grâce à la géothermie, après plusieurs décennies d’études et de réflexions sur la sortie des énergies fossiles.
  • Un projet économiquement avantageux et bas carbone : l’existence du réseau a limité l’investissement à 36,8 millions d’euros (contre environ 150 millions pour une création ex nihilo). Le dispositif permettra d’atteindre 83 % d’énergie renouvelable et d’éviter 17 700 tonnes de CO₂ par an, tout en offrant une meilleure stabilité des prix.
  • Une forte adhésion des habitants : grâce à un financement majoritairement porté par Engie, à une gouvernance locale avec droit de veto de la ville sur les hausses tarifaires, et à une importante concertation avec les copropriétés et bailleurs sociaux, les habitants sont passés « du scepticisme à l’impatience ».
  • Des freins qui subsistent pour accélérer le déploiement : Denis Larghero pointe la baisse des subventions publiques, la difficulté à trouver du foncier en zone dense et des délais administratifs trop longs (neuf ans). Il recommande des études préalables solides, un montage financier sécurisé et des projets à l’échelle intercommunale.

Comment avez-vous pris la décision de passer à la géothermie pour chauffer le quartier de Meudon-la-Forêt ?

C’est une réflexion bien plus ancienne qu’il n’y paraît. Le réseau de chaleur de Meudon-la-Forêt a été construit en 1961, en même temps que le quartier sortait de terre. Dès 1978, une première étude a exploré la possibilité de basculer du charbon à la géothermie. En 1998, les chaudières au charbon sont abandonnées pour des raisons techniques et de coût et laissent place aux chaudières à gaz. Ce n’est qu’à partir de 2017 que des études en vue d’un verdissement définitif ont repris, l’État souhaitant mettre fin aux soutiens des énergies fossiles, et les avancées technologiques rendant le projet à nouveau crédible. Le 24 mars 2022, nous avons adopté une délibération en conseil municipal, dans un contexte d’inflation et de hausse du coût de l’énergie. La première saison de chauffe sera celle de l’hiver 2027.

28 ans de stabilité, c’est une promesse considérable 

La flambée des prix du gaz a-t-elle accéléré les choses ?

L’histoire nous a rattrapés, mais même sans les crises, la fiscalisation croissante des énergies fossiles rendait le basculement inévitable. Et nous avions un atout considérable : le réseau existait déjà. Pas de génie civil à financer, pas de travaux trop importants dans les rues. Il faut rénover des sous-stations, entretenir le réseau, mais sa structure reste la même. C’est ce qui ramène le coût total du projet à 36,8 millions d’euros, contre environ 150 millions s’il avait fallu construire le réseau de zéro. Les prix de la géothermie sont indexés sur des paramètres stables, sans exposition aux marchés des énergies fossiles. Ces arguments ont permis aux Meudonnais de passer du scepticisme à l’impatience. Les habitants du reste de la ville nous regardent désormais avec envie. 17 700 tonnes de CO2 économisées par an, 83 % d’énergie renouvelable : une vraie fierté s’est installée.

Comment avez-vous convaincu les habitants d’un tel investissement sur une technologie encore peu visible ?

Le projet est très largement financé par Engie. La loi impose aux communes d’être actionnaires minoritaires des sociétés (des SAS LTE) qui exploitent ces installations. Nous avons souscrit à hauteur de 10 % du capital de GéoMeudon, notre SAS LTE. En échange, nous disposons d’un droit de veto sur toute décision d’augmentation de prix et sur les investissements dépassant 200 000 euros. S’agissant de la communication auprès des habitants, nous avions un avantage structurel : les 7 600 logements de Meudon-la-Forêt sont regroupés en seulement 9 copropriétés et 2 bailleurs sociaux. Cela nous a permis de travailler en groupes restreints et de tout mener en toute transparence. Nous avons multiplié les réunions publiques, reçu chaque copropriété à plusieurs reprises. Une association de géologues installée sur la ville monte en ce moment une exposition pour expliquer ce qu’est la géothermie. Elle sera exposée à la médiathèque, au centre de Meudon-la-Forêt pendant la durée du forage. Nos voisins de Vélizy ont aussi un projet en service, visible de l’autre côté de la N118 : cela rassure !


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Quels ont été les freins administratifs ou réglementaires les plus difficiles à surmonter ?

Le premier, c’est le financement. Nous avions une subvention annoncée à 9 millions d’euros de l’ADEME : nous percevrons finalement 6,8 millions. L’ADEME est très sollicitée, son enveloppe est fixe, et elle doit financer de plus en plus de projets. C’est donc un point sur lequel il faut être très vigilant. Le deuxième frein, c’est le foncier, car, en zone dense, il est rarissime. Il faut 5 000 m² pour forer, et au moins 2 500 m² pour exploiter ensuite. Et puis, il y a le temps administratif : neuf ans depuis les premières études, c’est trop long. Cinq ans serait un objectif raisonnable.

Que recommanderiez-vous aux maires qui envisagent de se lancer ?

D’abord, faire des études préalables rigoureuses et comparer les alternatives : biomasse, géothermie… La géothermie, là où la ressource existe, reste la solution avec le moins de nuisances sur la durée. Ensuite, sécuriser le montage financier, notamment les subventions publiques. La question du foncier est cruciale et doit être tranchée en amont. Et je plaide pour des projets intercommunaux : en Île-de-France, la ressource géothermique existe, mais n’est pas illimitée, et il serait dommage que chaque commune creuse dans son coin. Enfin, il faut se faire accompagner : bureaux d’études spécialisés, expert indépendant… Nous avons même recruté un collaborateur dédié à la stratégie énergétique de la ville.

GÉORESID : NEXITY INDUSTRIALISE LA GÉOTHERMIE DANS LE LOGEMENT COLLECTIF

Pensée comme une réponse aux enjeux énergétiques du logement, l’offre Géoresid portée par Accenta, opérateur global de la performance énergie-carbone, et Nexity vise à industrialiser le déploiement de la géothermie dans le résidentiel, encore marginal en France. « La géothermie s’impose comme un levier d’innovation clé, car elle agit directement sur le principal poste de consommation énergétique des logements : près de 80 % des émissions en phase d’exploitation proviennent du chauffage et de l’eau chaude sanitaire », souligne Manuel Tessier, directeur des opérations géothermie chez Nexity. En s’appuyant sur un modèle de tiers-financement et une approche intégrée, de l’étude à l’exploitation, Géoresid lève les principaux freins économiques et industriels. « L’enjeu, c’est de passer d’une logique de projets isolés à un déploiement massif », précise-t-il. À la clé : une énergie locale, bas carbone et durable, capable de « protéger les acquéreurs contre la volatilité des prix de l’énergie ». La solution permet à la fois de réduire les charges, d’assurer un confort thermique été comme hiver via le géocooling (une méthode de rafraîchissement passif particulièrement sobre en énergie), et de contribuer à la décarbonation des territoires. « C’est une solution d’avenir, évidente », conclut Manuel Tessier.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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