Publié le 10.02.22 - Temps de lecture : 4 minutes

Olivier Klein : « La force de l’ANRU est de ‘faire’ la ville en permanence »

Président du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) depuis 2017, Olivier Klein dresse le bilan d’une année 2021 marquée par la fin de l’Anru 1 (600 quartiers réhabilités) et la mise en place de plus de 450 nouveaux programmes de réhabilitation à l’occasion du NPNRU. Impact du Covid, accès aux services publics, exigences bas-carbone… comment l’action de l’Anru participe-t-elle à la fabrique des quartiers de demain ?

Quel bilan tirez-vous de l’activité de l’Anru en 2021 ?

Olivier Klein : Le premier événement de l’année 2021 a été le conseil interministériel des villes du 29 janvier. Un événement crucial puisque le Premier ministre a annoncé le déblocage de 2 milliards d’euros de plus pour l’Anru. L’année démarrait sous de bons auspices, mais c’était surtout une marque de confiance qui montrait que le renouvellement urbain joue un rôle important dans les quartiers populaires. Avec cette dotation en plus, nous sommes sur les mêmes bases de concours financiers que le premier programme de l’ANRU (PRNU).

Concrètement, que va permettre cette augmentation de dotations ?

Olivier Klein : C’est, tout d’abord, de l’argent qui permet de mieux accompagner des projets qui n’étaient pas encore passés en comité d’engagement. Cela permet aussi de mieux accompagner des projets déjà validés et pour lesquels nous pressentions que l’on pouvait faire plus. C’était extrêmement important pour moi d’obtenir ces 2 milliards d’euros supplémentaires afin de répondre aux attentes des élus.

100 000 logement démolis, 150 000 réhabilités, et près de 1 000 équipements publics en 2030

Quel bilan d’étape dressez-vous ?

Olivier Klein : Fin 2021, 95 % des projets du NPNRU sont passés en comité d’engagement et sont aujourd’hui validés. Cela représente 435 quartiers qui vont être totalement transformés ! Ce ne sont pas que des projets sur du papier, c’est de l’action : démolition, reconstruction, équipements publics…. En ce moment même, il y a 1 050 chantiers en cours dans 330 quartiers différents (sur 450 possible au total). 550 opérations sont d’ailleurs d’ores et déjà terminées : elles représentent 9 000 démolitions, 3 500 logements neufs, 5 150 logements réhabilités et environ 80 équipements publics avec une majorités d’écoles. Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, le renouvellement urbain a continué à poursuivre son chemin. 2021, c’est également la fin de l’Anru 1. Nous avons soldé l’ensemble de ces programmes. Entre 2004 et 2021, cinquante milliards d’euros ont été investis dans les quartiers, et autant le seront dans les quinze ans à venir.


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À terme, quels sont vos objectifs ?

Olivier Klein : À la fin du programme, aux environ de 2030, nous en serons à 100 000 logement démolis, 150.000 réhabilités, et près de 1.000 équipements publics réalisés grâce à l’Anru et ses partenaires dans le cadre du NPNRU. Nous travaillons sur des programmes longs, mais dont on voit les effets immédiatement. C’est quelque chose auquel je suis très attaché.

C’est-à-dire ?

Olivier Klein : Il faut que les habitants de ces quartiers aient des choses à voir tout au long de ce programme, et pas qu’ils se disent « c’est bien, mais ça va être très long… ». À Clichy-sous-Bois, le programme est d’ampleur, mais une tour a déjà été réhabilitée, et un conservatoire va être livré en septembre. Il est essentiel de se projeter sur le long terme et sur la fin du programme tout en ayant des points d’étapes à court terme. Ce qui se passe pendant le programme est crucial et permet des bénéfices concrets. À Nîmes, j’ai posé la première pierre en tant que président de l’Anru il y a quelques années (une école, un pôle éducatif, un pôle mutualiste de santé)… mais aussi participé à des inaugurations. C’est cela notre force : « faire » en permanence.

Nos projets sont intégrés dans toutes les dimensions : qualité environnementale, qualité du bâti, des équipements publics…

Quel est le point commun entre vos différents projets ?

Olivier Klein : La force de l’Anru, c’est d’être agile et d’avoir des projets extrêmement différents d’un territoire à l’autre. Tous sont centrés sur la question du logement (réhabilitation, construction, démolition). Certains font la part belle à des équipements publics de grande qualité – des écoles, des espaces publics, des crèches, des équipements sportifs ou culturels – parce que la qualité du logement est faite de tout ce que l’on met autour. Nos projets sont intégrés dans toutes les dimensions : qualité environnementale, qualité du bâti, des équipements publics… La crise du Covid-19 nous a également poussé à mener une réflexion spécifique sur l’accès aux soins.

Les épisodes de confinement ont souligné la nécessité d’accès à un logement de qualité : comment la période a-t-elle impacté votre mission ?

Olivier Klein : Pour les élus, le premier enseignement du confinement c’est qu’il est mieux vécu dans les quartiers qui ont connu un renouvellement urbain, que dans ceux qui vont en connaître. On l’a vu à Clichy-sous-Bois, où l’on a pu comparer l’expérience vécue dans un quartier où notre action était terminée, et un autre ou l’on n’avait pas commencé. La capacité à respecter et supporter le confinement a été bien meilleure dans les quartiers rénovés. La période a par ailleurs alimenté nos réflexions sur la question des balcons, des espaces extérieurs, de la qualité du logement de manière générale. Aujourd’hui, même s’il y a un surcoût, on fait tout pour accompagner des programmes qui prévoient des espaces extérieurs. Ce n’est d’ailleurs pas que des balcons ou des logias : le programme Quartiers Fertiles, qui vise à développer l’agriculture urbaine, les jardins partagés et tout ce qui contribue à la qualité environnementale d’un projet comptent parmi nos priorités.

Les habitants des quartiers populaires ont un besoin d’excellence environnementale

Parlons justement de « Quartiers fertiles » : comment ce programme a-t-il été accueilli ?

Olivier Klein : Les habitants des quartiers populaires ont une envie, et un besoin d’excellence environnementale. Ces quartiers en pleine transformations nous offrent cette capacité d’innovation. Ils ont d’ailleurs cette vieille tradition des jardins ouvriers, aujourd’hui devenus des jardins partagés. « Quartiers Fertiles » est plus profond : c’est une expérience productive, innovante, qui permet une nourriture de proximité, des circuits plus courts et plus vertueux. Et c’est un succès : nous avons lancé le premier appel à projets juste avant le premier confinement, et déjà, nous dénombrons plus de 100 lauréats, dans des villes très variées sur l’ensemble du territoire. On n’en est pas encore aux moissons, mais on sent une vraie appropriation des projets !

Comment votre action participe-t-elle à décloisonner les quartiers, afin qu’ils forment de véritables morceaux de villes et n’en soient pas mis de côté ?

Olivier Klein : C’est l’une des raisons d’être de l’Anru : retisser les liens, faire en sorte que les différents acteurs travaillent ensemble et réfléchissent de manière commune à la transformation en profondeur d’un quartier. Il y a le logement bien sûr, qui reste notre cœur de métier, mais pour que cela fonctionne, il faut travailler des questions plus larges : la tranquillité, le genre dans la ville, l’éclairage, les commerces… Ces derniers sont un point très important pour nous. Il n’y a rien de pire qu’un pied d’immeuble avec un commerce vacant dans un nouveau quartier. Nous mettons d’ailleurs l’accent sur l’activité économique, pour la faire venir dans nos quartiers. C’est le rôle de notre fonds de co-investissement. L’accessibilité est également un enjeu très fort, afin de faire en sorte que le quartier ne soit pas évité, mais innervé par des réseaux de transports.

L’urgence environnementale nous fait repenser les procédés constructifs, et nous force à lutter contre l’artificialisation des sols. Comment l’action de l’Anru s’inscrit-elle dans une vision de ville bas carbone ?

Olivier Klein : En matière d’artificialisation, je crois que nous sommes des bons élèves ! Le renouvellement urbain, c’est refaire la ville sur la ville, sur des espaces déjà très largement imperméabilisés qui caractérisent ces quartiers : des dalles, des grands parkings sur nappe… Nous faisons justement en sorte qu’à la fin d’un projet nous ayons plus d’espaces perméables qu’au début. Les habitants des quartiers populaires font face à une urgence sociale bien sûr, mais ont également une exigence environnementale. J’ajoute que le propre du renouvellement, c’est de lutter contre les passoires thermiques et d’accompagner les économies d’énergie. À la fin du programme, nous estimons que notre action sur les réhabilitations et les constructions neuves permettra aux habitants de réaliser plus de 140 millions d’euros d’économie d’énergies. Dans nos quartiers, la transition écologique est aussi une réponse à l’urgence sociale !

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Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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