Publié le 16.01.20

“Amener la nature dans la ville, c’est créer de la valeur économique”

Benoît Boldron, urbaniste, maître de conférences et chercheur associé au CIEU de l’université Toulouse Jean-Jaurès, témoigne de l’impératif de redonner sa place à la biodiversité dans nos centres urbains, pour le bien-être des usagers, mais aussi pour créer de la valeur sur le territoire.

À chaque temps fort de l’histoire de l’urbanisme, sa génération d’urbaniste. À quels défis l’urbaniste d’aujourd’hui se doit-il de répondre ?

Le grand défi de l’urbaniste aujourd’hui, c’est de concilier le développement des métropoles et l’introduction d’une nouvelle biodiversité en ville. Pour répondre aux prévisions alarmantes du GIEC. Or 2025, ce sera la fin du prochain mandat des maires qui seront élus aux prochaines élections municipales.

La nature a donc un rôle de protection, vis-à-vis des aléas à venir du climat ?

Oui, car tout d’abord, elle est protectrice vis-à-vis du réchauffement climatique. Ensuite, elle nous nourrit. C’est pour cela qu’il est fondamental de préserver les zones de culture agricole. Enfin, elle abaisse notre stress.

La nature remplit de multiples fonctions essentielles, dont celle de nous divertir et d’abaisser notre niveau de stress.

Comment les collectivités peuvent-elles davantage s’inscrire dans cette démarche ?

Le PLU et le SCOT ne placent pas suffisamment la nature au cœur du projet urbain. Or il est nécessaire et possible d’avoir une approche plus systémique en rapprochant urbanistes et écologues. Mon travail de recherche porte notamment sur l’élaboration de trames régénératrices qui intègrent l’ensemble des enjeux environnementaux sans stopper le développement de la ville. Il faut aussi penser la ville en concertation avec la population. Comment les habitants vont-ils investir ces espaces ?

Quels partenaires leurs seraient utiles ?

L’engouement pour les appels à projets innovants témoignent que nous sommes entrés dans un cadre plus partenarial. Il faut un cadre global en lien avec une multitude d’acteurs (écologues, associations, start-up).

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Dans le cas d’une zone commerciale, comprenant un parking et un hypermarché, nous sommes face à une immense surface imperméabilisée, propice à accélérer des phénomènes de montée des eaux. Les acteurs de ces espaces vont devoir entrer dans une relation partenariale avec la collectivité au bénéfice d’une régénération d’une partie de cette surface vers des réservoirs de biodiversité et des espaces naturels dédiés aux habitants.

Introduire la nature en ville est donc une condition sine qua non de la valorisation économique d’un territoire ?

En effet, en intégrant la nature en ville, on crée une nouvelle valeur économique générée par cette valeur environnementale. L’enjeu est d’évaluer cette valeur environnementale pour l’utiliser au mieux. Aujourd’hui sur le littoral, on est conscient du prix de la « vue sur mer », il faut maintenant prendre en compte que la « vue sur vert » a aussi une valeur !

Le nouveau quartier d’Ørestad comporte notamment des bâtiments de 11 étages, face à un parc national. La densité a permis de limiter l’étalement urbain, de préserver le parc national et a par là même a augmenté la valeur économique des projets qui y sont développés.

Conserver la nature en ville va donc de pair avec le fait de monter des projets d’aménagement…

Au sein des trames régénératrices, il existe des zones autorisant la construction dans la mesure où celle-ci participe à la régénération d’écosystèmes. C’est l’objet de la création d’un “Conservatoire de la biodiversité en ville” qui devient propriétaire de ces espaces inaliénables. Car aujourd’hui, les collectivités ont-elles les ressources suffisantes pour les régénérer et les entretenir ? Il faut travailler de façon intelligente avec les constructeurs de la ville en mettant la nature et l’habitant au cœur des préoccupations.