Publié le 18.10.22 - Temps de lecture : 3 minutes

Les comportements citoyens vont nous faire passer l’hiver et les sciences comportementales vont nous y aider

À l’heure où les coûts de l’énergie ne cessent d’augmenter, il est, dans le combat pour la nécessaire transition écologique, une aide précieuse, à laquelle on ne pense pas forcément de prime abord : l’apport des sciences comportementales. Explications. 

Le 6 octobre, le gouvernement a présenté son plan de sobriété énergétique visant à une réduction de 10 % de la consommation d’énergie dans le pays, d’ici à 2024. Et si ce plan s’adresse à l’État, comme aux collectivités locales ou aux entreprises, il contient aussi tout un volet demandant aux ménages français d’adopter des gestes éco-citoyens. Une vaste campagne de communication a été lancée en ce sens, s’articulant autour d’un slogan aux allures de mantra : « Je baisse, j’éteins, je décale. » Dans ces courts spots télévisés et messages, cinq gestes principaux sont mis en avant : réduire le chauffage à 19 degrés, prendre des douches moins longues et moins chaudes, éteindre les appareils plutôt que de les laisser en veille, privilégier un thermostat programmable et décaler l’usage de certains appareils énergivores en dehors des plages horaires les plus tendues.

Ces actions, faciles à mettre en œuvre auront des conséquences directes sur les factures. Prendre une douche rapide plutôt qu’un bain ? C’est diminuer par quatre sa consommation d’eau. Utiliser une chasse d’eau double flux (comprendre : avec deux boutons distincts pour ne délivrer que la quantité d’eau nécessaire) ? C’est tout de suite 30 à 40 m3 d’eau en moins dans l’année, pour une famille de quatre personnes. Si les prix de l’eau varient évidemment beaucoup d’une ville à l’autre, avec un prix moyen du mètre cube à 4 euros environ, cela fait tout de même entre 120 et 160 euros d’économies. Baisser la température de son logement d’un degré (le plan de sobriété énergétique préconise de se limiter à 19°C) ? Voilà 7 % d’économisés sur sa facture. Remplacer ses luminaires pour privilégier des lampes basse consommation et, ensuite, bien veiller à les éteindre quand on n’en a pas besoin ? C’est consommer cinq fois moins d’énergie…


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La liste est encore longue, mais tout sauf fastidieuse car il ne s’agit le plus souvent que de mesures de bon sens : couvrir ses casseroles lorsque l’on fait bouillir de l’eau, dégivrer régulièrement son réfrigérateur, éteindre les appareils électriques plutôt que de les laisser en veille, en débrancher les chargeurs quand ils sont chargés, faire sécher son linge à l’air libre, se tourner pour ses achats vers des appareils électroménagers de classe A++ et, enfin, veiller à vérifier et renforcer, quand c’est possible, l’isolation de son logement.

Dans ce combat pour la transition écologique, les collectivités locales ont un rôle important à jouer. En tant que premiers interlocuteurs de leurs administrés, les maires et élus peuvent d’abord encourager et accompagner les initiatives prises par les ménages. Ils ont, également, des décisions à prendre concernant la gestion de leurs territoires. À Levens, par exemple, dans les Alpes-Maritimes, le maire, Antoine Véran, expérimente depuis ce mois d’octobre 2022, un tout nouveau système d’éclairage public dans sa commune. Très concrètement, 200 des 800 lampes installées à Levens sont désormais connectées à des compteurs intelligents Linky et sont ainsi pilotables à distance : cela permet de régler l’intensité de l’éclairage voire, dans certaines zones et au moment où il n’y a personne, de complètement l’éteindre. « Nous programmons à distance l’heure et le module d’éclairage par quartier, comme une télécommande », explique à Actu.fr Antoine Véran, qui attend de ces mesures « 20 % d’économies. »

À l’heure où les tarifs de l’énergie s’envolent, ce type de décisions devient incontournable pour quiconque souhaite maîtriser les finances de sa commune et, in fine, les impôts de ses administrés. D’où l’importance, pour chacun, de pouvoir bénéficier d’un bouclier tarifaire, pour éviter d’avoir à se priver d’équipements publics trop énergivores. C’est tout le combat aujourd’hui mené par l’Association des maires de France (AMF), qui réclame un plus grand soutien de l’État.

Mais il est aussi un autre genre d’aides qui peut s’avérer utile : l’apport permis par les sciences comportementales. Au sein de la DITP (Direction interministérielle de la transformation publique), qui regroupe quelque 80 consultants et experts, œuvrent ainsi Mariam Chammat et Stéphan Giraud qui ont piloté la rédaction de l’étude « Transition écologique : quel apport des sciences comportementales ? » Le principe ? « Améliorer l’efficacité des politiques publiques en y intégrant le facteur humain. » Dit autrement, il s’agit d’étudier les comportements des citoyens, identifier les freins comportementaux et, fort des constats établis, mettre en place des solutions concrètes pour les lever.

Tout l’objet de leurs travaux est de chercher à comprendre, puis à contourner, tout ce qui concourt à ce grand décalage que l’on observe très souvent entre « l’intention » (je veux faire quelque chose : ici, changer ses habitudes en matière de consommation énergétique) et « l’action » (je ne le fais finalement pas)… « Dans la mise en œuvre des politiques publiques, différents outils peuvent être utilisés pour encourager un comportement comme, par exemple, la norme ou l’incitation financière. Cependant, pour certains sujets, l’écart entre intention et action est tel que les campagnes d’information et les incitations ne suffisent pas. Il faut aller vers les sciences comportementales, comprendre au plus près les pratiques des usagers pour identifier les freins et gagner en efficacité. Tout l’intérêt de l’approche comportementale est de nous éclairer sur cet écart, et la manière de le combler, sans passer nécessairement par une nouvelle norme ou par la sanction », précise ainsi Mariam Chammat, docteur en neurosciences et cheffe de projets en sciences comportementales appliquées à la DITP, dans une interview accordée au site modernisation.gouv.fr.

Cette approche-là est à connaître pour les collectivités locales, car elle peut aider à débloquer des situations que l’on croit inextricables. Et, à ce titre, il existe de la part de la DITP des mesures d’accompagnement spécifiques, via le Fonds pour la transformation de l’action publique (FTAP). Créé en 2017 par le gouvernement, ce fonds, doté pour 2022 d’une enveloppe de 80 millions d’euros, a déjà permis de financer 107 projets de transformation en cinq ans. Les dossiers de candidature sont à remplir en ligne sur le site de la DITP.

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