Publié le 20.11.19

Faire de la construction un acte de réparation

Face au constat d’un impact trop important de l’acte de construction sur l’environnement (1), et afin d’accompagner la mobilisation des acteurs publiques et privés du développement urbain, la Loi Energie et Climat de 2019 fixe des objectifs ambitieux concernant les enjeux climatique et énergétique. Articulée avec le Plan Biodiversité de 2018, elle permettrait d’avoir une approche globale, mise au service d’un acte de construire qui en deviendrait vertueux.

La future réglementation nationale de construction, envisagée dans un premier temps sous la dénomination « E+ C – », doit venir concrétiser cette articulation. Pour cela , elle devra aussi définir des objectifs de biodiversité. Il y a là une réelle opportunité d’inscrire la construction humaine dans une approche intégratrice plaçant la santé environnementale au centre des préoccupations. Cette future réglementation, qui pourrait être dénommée « Biodiversité et Energie positives, et de réduction Carbone, B&E+ C – », devra privilégier 2 axes afin de prendre en compte la question de la biodiversité :

• Evaluer la « biodiversité grise », par analogie au calcul des énergies grises, à savoir : quel est l’impact sur la biodiversité de l’extraction et de la transformation des matériaux de construction ? Car raser une forêt primaire européenne pour en extraire son bois afin d’abonder la filière de construction, n’aurait pas plus de sens que la pratique actuelle d’acheminer sur des milliers de kilomètres des sables, pour couler du béton en France (2). La croissance de la population nous oblige certes à poursuivre l’acte de construction, mais il est nécessaire de redéfinir le modèle de consommation de la ressource constructive.

• Régénérer la biodiversité sur site : la construction d’habitats humains doit permettre la constitution d’habitats pour d’autres espèces, qu’elles soient animales ou végétales. L’acte de construire doit permettre de réparer des territoires dégradés en milieu urbain : zones d’activités commerciales imperméabilisées, échangeurs routiers, friches industrielles… et d’autres. Ne pourrait-on pas rendre vertueux l’acte de construire en lui permettant notamment de réduire l’anthropisation des sols afin de nous faire bénéficier d’une meilleure santé environnementale ?

Pour cela, et à l’échelle de chaque opération, il convient de s’interroger sur la notion du « partage des habitats », entre l’Homme et les autres espèces : comment l’acte de construire un habitat humain peut-il aussi être le support à d’autres habitats pour animaux et végétaux ? Les travaux du CEREMA et de la Ligue de Protection des Oiseaux LPO témoignent qu’il n’est plus alors question de “végétaliser” les façades pour obtenir un effet vert, mais bien de proposer des murs à habiter (3). Un exemple remarquable est le Groupe scolaire des sciences et de la biodiversité sur l’île Seguin, réalisé par l’agence d’architecture Chartier Dalix (cf photo crédits Chartier Dalix), et sur lequel sont venues s’implanter plus de 70 nouvelles espèces en seulement quelques années.

Au final, la future réglementation « B&E+ C – » fonderait un nouvel acte de construire s’inscrivant dans un écosystème territorial défini par 3 valeurs :

• économique : choix des matériaux de construction et nouvelles filières de production (bois, brique, pierre, chanvre, laines…), approvisionnement local, innovation pour la performance environnementale.

• social : développement des filières de formations (apprentis, entreprises), traitement circulaire de la ressource constructive et des déchets

• environnemental : réduction des gaz à effet de serre, frugalité énergétique, préservation et régénération de la biodiversité

Charge aux collectivités d’adapter leurs compétences à ce nouvel écosystème territorial. Aux Régions, l’enjeu de développer les filières d’extraction et de recyclage, ainsi que les formations professionnelles accompagnant la qualification à de nouvelles pratiques constructives.

Aux Etablissements Publics de Coopération Intercommunale, l’enjeu d’adapter leur planification urbaine, en imaginant par exemple un PLH qui soit un « Programme Locale du partage des Habitats », un PLU qui soit « Plan Local d’Urbanisme désanthropisé »,… ouvrant la voie à faire du développement urbain un acte de régénération des sols et de la biodiversité (4).

Autant d’évolutions qui ancreraient nos territoires dans un mode de développement résilient et protecteur.

(1) En Europe, le secteur du bâtiment (résidentiel et commercial ) consomme 50 %, des ressources naturelles, utilise 40 % de l’énergie primaire, est responsable de 25 % des émissions de CO2 bâtiments – source Rapport environnementale UE 2018

(2) Rapport 2019 de l’IPBES sur la perte de biodiversité : 75 % du milieu terrestre est « sévèrement altéré » à ce jour par les activités humaines, 1 million d’espèces pourraient disparaître à court terme.

(3) Voir les supports pédagogiques produits sur ce sujet par la LPO et le CEREMA https://paca.lpo.fr/etudes/expertise/biodiversite-et-bati ; https://www.cerema.fr/fr/actualites/guide-plui-biodiversite-concilier-nature-amenagement

(4) Voir à ce sujet, ma recherche sur un « Plan de résilience écosystémique urbain, ou comment la nature inspire l’urbanisme ». Articles sur le sujet : https://www.urbanews.fr/2018/11/22/53532-la-ville-regeneratrice-doit-etre-bio-inspiree/