Publié le 03.05.22 - Temps de lecture : 3 minutes

Sylvain Grisot : « Le logement doit donner envie d’y habiter et d’y élever ses enfants »

Co-auteur de « Réparons la ville ! », l’urbaniste Sylvain Grisot porte une vision du logement au service du collectif. Espaces partagés, végétalisation, accessibilité… Tour d’horizon d’un certain nombre de ses propositions.

Vous préconisez notamment le développement des espaces partagés au sein des habitats collectifs : que permettent-ils exactement ?

Sylvain Grisot : Ce devrait être une évidence mais malheureusement ça ne l’est pas toujours : il faut que l’on crée du logement pour qu’il soit habité. En effet, trop souvent, les projets sont guidés par des tableurs Excel, par la sur-optimisation, au détriment de la pérennité du bâtiment. Le tout afin de maximiser ce qui est cessible, c’est-à-dire les espaces privés. Les communs deviennent la surface à abattre, qui représentent un coût, de la gestion, mais pas de recette. Pourtant, avoir des surfaces partagées, des jardins, des espaces extérieurs, un accès commun au toit, un sous-sol avec une laverie, une chambre d’amis ou de réception mutualisée permettent de « faire » du collectif. On le voit en Allemagne ou en Suisse où c’est très répandu. Dans le cas d’une laverie commune par exemple, les économies en équipement sont directement visibles et mesurables. Cela libère aussi de l’espace pour les logements, qui deviennent plus vivables. Et cela a un impact à l’échelle du quartier : on recrée du dialogue, des services avec par exemple un garage à vélos attenant à un atelier de réparation… Il y a toute une granularité de la façon d’habiter qui peut être passionnante à mettre en place si l’on s’en donne les moyens.

Au-delà du choix habitat collectif ou individuel, les Français demandent du calme, un accès à un espace extérieur et de la proximité des commerces et services : quels sont selon-vous les chantiers à mettre en œuvre pour accéder à ces demandes ?

Sylvain Grisot : Le vrai problème, c’est celui de la diversité de l’offre. Aujourd’hui elle est ultra standardisée, et ne fait pas rêver grand monde. Le logement doit donner envie d’y habiter et d’y élever ses enfants. Cela passera par une réflexion autour de la transformation de bâtiments existants, ainsi que la pacification de l’espace public. Les rues peuvent devenir des espaces de jeux avec des petits parcs partagés en pieds d’immeubles. Ils rappelleront les jardins à l’arrière des pavillons et constitueront un vrai espace de liberté au quotidien pour les familles, en complément des plus grands parcs, un peu plus loin dans le quartier. Ce n’est pas simplement une question de logement mais de « gradient urbain », de continuum entre le logement et la nature.


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Dans cette optique, quel doit être le rôle des élus locaux ?

Sylvain Grisot : Faire la ville, c’est l’acte démocratique premier, qui doit redevenir un vrai sujet de débat, et pas qu’un sujet de conflit. Nous avons besoin d’élus qui font un pas de coté, qui mettent en place des règles transparentes, plus simples, qui ne se limitent pas simplement à la réglementation urbaine mais qui instaurent des modalités de dialogue afin d’associer chacun dans la réflexion autour des projets urbains, afin de mettre tout le monde face à ses responsabilités, professionnels comme particuliers. On ne doit pas chercher la rentabilité d’une vente de foncier à tout prix en premier, et réfléchir aux usages, au bien commun, de manière secondaire. L’élu doit avoir le pouvoir de créer les conditions d’un débat apaisé. Je pense qu’il faut cesser d’accélérer les projets qui trop souvent ont en premier effet d’accélérer les échecs. La ville doit se « refaire » partout, mais par petite touches et en prenant le temps qu’il faut pour bien faire.

Pour « refaire la ville », on pense aux friches. Quels sont les avantages de la construction sur ces espaces déjà artificialisés ?

Sylvain Grisot : Il y a la construction, mais pas que. En matière de biodiversité, on constate des délaissés urbains qui sont parfois très riches en termes de biodiversité. Les espaces en friche sont donc aussi des espaces qui peuvent être re-naturés, re-cultivés. C’est la boucle inverse de l’urbanisation. On observe aussi un certain nombre de zones commerciales en crise sur lesquelles on peut anticiper un statut de friche à venir. On pourra alors y redévelopper le parking du supermarché en espace de logements, en espace tertiaire si nécessaire. Mais attention : si le centre-ville qui se trouve à plusieurs kilomètres de là est déjà en souffrance suite au développement de différentes zones commerciales, il ne faut pas le mettre en concurrence avec une nouvelle centralité. Il faut donc à chaque fois se poser la question de ce qui est utile et pertinent. Il faudra parfois faire des arbitrages pour ne pas développer un quartier dans un territoire peu dynamique et peu habité, qui se ferait au détriment d’autres territoires. Ainsi, certaines zones commerciales auront vocation à être re-naturées.

Actuellement, les friches industrielles à disposition sont-elles compatibles avec les zones en tension ?

Sylvain Grisot : Je ne pense pas qu’il faille considérer qu’il y n’y a que ces deux données dans l’équation. Tout d’abord parce qu’il n’y a pas que des friches industrielles. Il y en a de service public (des hôpitaux, des casernes, des friches de la sécurité sociale…) et tout un tas d’espaces à venir : des friches commerciales avec le changement des modes de consommation, et des friches tertiaires si le télétravail se généralise. Bref, il y a beaucoup de bâtiments peu ou pas utilisés. Ensuite, parce que l’on voit que même dans le secteur du logement, il y a beaucoup de vacance, ou de logements peu utilisés comme des résidences secondaires. C’est un problème crucial, car dans certaines communes touristiques, on peine à recruter des infirmièrs, des policiers, des médecins qui ne trouvent pas à se loger. Alors que des résidences secondaires sont vides la plus grande partie de l’année ! Plus des deux-tiers des logements individuels sont considérés comme sous occupés alors que des ménages avec enfants seraient prêts à en engager la réhabilitation. Des solutions existent, mais il faut maintenant les mettre en œuvre.

Sylvain Grisot est l’auteur avec Christine Leconte de Réparons la ville ! Propositions pour nos villes et nos territoires.

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