Publié le 02.08.19

L’agriculture urbaine peut-elle nourrir et (mieux) faire respirer la ville ?

Alors que nos villes sont confrontées à de multiples défis environnementaux et que les citadins expriment de plus en plus leur souhait d’accéder à une alimentation locale et durable, l’agriculture urbaine se développe à toute vitesse. Quelle est cette « nouvelle » forme d’agriculture ? Comment s’intègre-t-elle dans l’aire urbaine ? Et quels sont ses bénéfices ?

L’agriculture urbaine : de quoi parle-t-on ?

L’agriculture urbaine regroupe différentes pratiques visant à faire pousser des fruits, des légumes et autres végétaux, au sein des villes. Autrement dit, au sommet des immeubles, dans des espaces de verdure, dans des containers ou dans des fermes verticales, par exemple. L’agriculture urbaine peut également constituer une activité d’élevage. Aux Pays-Bas par exemple, au milieu du port de Rotterdam, existe ainsi depuis 2019 la première ferme urbaine et flottante à l’énergie solaire, avec ses vaches laitières.

Floating farm – Rotterdam

En Europe et en Amérique du Nord, l’agriculture urbaine est relativement récente et prend de l’ampleur depuis une dizaine d’années. À l’inverse, dans les pays du Sud, comme au Bangladesh, au Nigeria par exemple, l’agriculture urbaine, dans sa définition première, sert avant tout aux populations pour vivre. Il s’agit pour elles d’une pratique habituelle et vitale. Les aliments frais qu’elles produisent sont vendues sur les marchés ou consommés directement.

À l’échelle du monde, ce sont aujourd’hui 800 millions de personnes qui sont impliquées dans un projet d’agriculture urbaine et péri-urbaine selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Toujours d’après elle, il est désormais possible de produire plus de 20 kg de nourriture par m² et par an en zone urbaine. Selon les différentes études parues ces dernières années, il serait possible de nourrir grâce à elle 10% de la population.

Le milieu urbain présente de nombreuses contraintes : l’agriculture urbaine repose sur l’innovation pour s’y adapter. Celle-ci vise entre autres à réduire l’utilisation d’eau et de produits phytosanitaires, tout en faisant pousser des aliments sur des surfaces de plus en plus réduites. C’est dans cet objectif durable que les Parisculteurs ont vu le jour à Paris en 2016 où différents projets de végétalisation sont en compétition chaque année. Portée par la Ville et ses partenaires publics et privés, cette initiative a pour but de végétaliser 100 hectares de bâti dans la ville d’ici 2020, dont 30 seront entièrement consacrés à l’agriculture urbaine.

L’agriculture urbaine, un procédé qui se développe fortement

Au cœur des métropoles, l’agriculture urbaine s’intensifie, aussi bien dans des projets publics que privés. Ainsi, entre jardins participatifs et récréatifs entre voisins, startups qui font pousser des fraises à la verticale, ou projets gigantesques de fermes urbaines, les idées foisonnent.

Nexity – Programme Ovation Magellan à Colombes

C’est le cas de la future serre urbaine à Colombes (Hauts-de-Seine) aux abords de l’A86, dont la première pierre a été posée fin juin 2019. Elle sera la plus grande ferme urbaine verticale aquaponique d’Europe. 

La plus grande ferme aquaponique d’Europe sera érigée dans le quartier de l’Arc Sportif et sera opérationnelle en 2021. Projet unique en France, elle rayonnera dans le quartier en devenant un modèle d’agriculture responsable qui favorise les circuits courts, limite l’impact sur l’environnement et contribue à lutter contre le réchauffement climatique

Nicole Goueta, Maire de Colombes / Vice-Présidente du département des Hauts-de-Seine

L’aquaponie est une technique d’agriculture durable et vertueuse qui consiste à créer un écosystème en circuit fermé mêlant élevage de poissons et culture des végétaux, optimise la production agricole tout en limitant considérablement son impact sur l’environnement.

En utilisant 90% moins d’eau qu’une culture classique, en supprimant l’usage des pesticides, et en limitant le transport, elle s’inscrit dans un modèle agricole durable. À Romainville (Seine-Saint-Denis) aussi, cité pionnière dans l’agriculture urbaine, les projets se multiplient. Après le Paysan Urbain, un projet de micro-pousse, c’est au tour de la Cité Maraîchère d’investir la ville. Deux tours permettront d’y cultiver des fruits et des légumes dès cette année sur 1000 m². Les produits seront ensuite vendus sur place en circuit court et à l’intention des petits budgets.

Mais attention : les exploitations agricoles en milieu urbain ne sont pas forcément vertueuses sur tous les plans. Alors qu’elles présentent des bénéfices en terme d’économies de ressources en eau et en intrants, elles peuvent, selon les techniques, être fortement énergivores ou consommatrices de matériaux. Pour s’assurer de la pertinence écologique du projet de ferme urbaine verticale, le projet de ferme urbaine à Colombes a par exemple fait l’objet d’une analyse du cycle de vie. Cette étude a notamment démontré un impact 2 fois moindre sur le réchauffement climatique et 4 fois moindre sur la pollution de l’air (construction du bâtiment comprise) par rapport à une exploitation agricole conventionnelle.

Quels bénéfices pour le consommateur et la collectivité ?

Une activité créatrice de cohésion sociale 

Au sein des villes, les fermes urbaines et même les simples lopins de terre cultivés par les habitants d’un même quartier, créent un lien social fort. Les jardins d’insertion notamment donnent une chance aux personnes exclues du monde du travail de retrouver un emploi.

Ainsi, dans l’Ouest de la région parisienne, l’association Espaces (membre d’Emmaüs) aide les personnes en difficulté en leur proposant différents chantiers agricoles et paysagers en territoire urbain. En partenariat avec Topager, « une entreprise du paysage comestible », elle a créé CultiCime, une activité de maraîchage écologique et solidaire sur le toit d’un centre commercial à Aubervilliers. Depuis 2017, les employés vendent ainsi leur production en circuit court. Et, en 2019, la surface cultivée a encore augmenté. Espaces est par ailleurs l’association en charge de la production, de la vente et de l’animation de la future Cité Maraîchère à Romainville.

Autre exemple à Toulouse, avec un immeuble de 100 logements où un potager d’un hectare est entretenu par des professionnels, salariés de l’organisme HLM. Ce travail, rémunéré par le montant auparavant alloué aux espaces verts, permet aux habitants d’obtenir gratuitement des paniers de primeurs d’un montant pouvant aller jusqu’à 100 €. La nourriture qui y est produite se partage et l’émulation se fait autour d’un projet commun. Pour les enfants, c’est par ailleurs une éducation concrète à la biodiversité et à la nature.

Une activité créatrice d’attractivité économique et environnementale 

Pour les modèles non associatifs, la capacité dans le temps à atteindre un équilibre économique voire même à dégager une rentabilité est souvent sujette à débat. Le coût initial des installations en milieu urbain est élevé et rarement porté par l’utilisateur agricole lui-même. Aujourd’hui, ce sont souvent les co-bénéfices environnementaux, sociaux et d’attractivité qui poussent les investisseurs à soutenir ces formes émergentes. Les structures du secteur se diversifient pour pérenniser leurs exploitations : animations, ateliers, vente de produits transformés à haute valeur ajoutée, restauration, services aux entreprises… L’agriculture urbaine cherche encore son modèle économique. 

Néanmoins, pour les territoires, ces formes d’agriculture sont porteuses d’une attractivité nouvelle. Modèles associatifs et citoyens, projets multifonctionnels basés sur la production et les services, ou exploitations où la vocation productive prédomine, toutes ces expressions ont des bénéfices différents et complémentaires. En favorisant le lien social, la réappropriation de la production alimentaire par les habitants, la sensibilisation à la biodiversité, la consommation de produits locaux, frais et de qualité, l’agriculture urbaine n’est pas une utopie. Elle participe concrètement à rendre la ville plus verte, plus respirable, plus durable et plus sociale.