Publié le 09.01.20

Commerces de demain : périphérie ou centre-ville ?

Pour Maxime Péribère, Président d’Accessite*, la zone commerciale de périphérie est loin d’être révolue, bien au contraire. Il s’agit simplement de la réinventer, et ce sans freiner le mouvement lancé de revitalisation des cœurs de ville. Interview.

Entre l’essor continu du e-commerce, l’évolution des modes de consommation et la volonté de plus en plus marquée des élus de faire revenir le commerce en centre-ville, les zones commerciales en périphérie d’agglomération ont-elles un avenir ?

Il y a moins de 10 ans tout le monde annonçait la mort lente de la FNAC, Darty ou Boulanger attaquées frontalement par Amazon ou CDiscount. Aujourd’hui ces enseignes ont compris et intégré le digital pour en faire maillon puissant de leur distribution devenue multicanale. Personnellement je crois aux équilibres qui se rétablissent par la capacité des acteurs du marché à s’adapter jour après jour aux demandes du consommateur. Mais attention, les immobiles refusant la transformation ne survivront pas.

De quelles transformations parle-t-on ?

Les zones commerciales de dernière génération répondent à une demande de pouvoir consommer pratique dans de grandes surfaces spécialisées. Facilité d’accès, intégration architecturale, espaces verts, politique de services, grandes surfaces, offre diversifiée, loyers modérés…Il est plébiscité par nombre d’enseignes et est un lieu de commerce dont les composantes principales sont très difficiles de structurer en centre-ville. La concurrence n’est donc pas frontale.

Est-il utopique d’imaginer à terme une transformation de ces espaces jusqu’à les voir accueillir des logements ? 

La transformation a déjà démarré mais principalement en ce qui concerne les moyennes surfaces « anarchiques » qui ont longtemps défiguré nos entrées de villes. Nos élus ont un rôle évident à jouer pour disparaitre progressivement ces « entrées de ville » en refondant leur organisation urbanistique de fond en comble. L’enjeu est majeur car cela permettra aux villes de s’étendre, de densifier les constructions, de réintroduire des espaces verts, d’adapter les transports en commun, d’accueillir de nouvelles constructions plus respectueuses de l’environnement.

À titre d’exemple je pourrais citer la ville de Bordeaux qui a engagé il y a près de 10 ans une refonte totale de la zone commerciale de Mérignac dont le coefficient d’occupation des sols était inférieur à 5%. Montpelier fait la même chose avec son projet Ode à la Mer.

Pour Maxime Péribère, les zones commerciales de dernière génération proposent facilité d’accès, intégration architecturale, espaces verts, politique de services, grandes surfaces, offre diversifiée et loyers modérés.

A contrario, quel regard portez-vous sur le regain d’attention publique dont bénéficie l’attractivité commerciale des centres-villes ?

Il était temps que cela arrive car nous avons perdu trop de temps et certaines villes ne s’en remettrons qu’au prix de changements et d’investissements drastiques.

Mais ce n’est pas qu’une question de moyens, c’est aussi une question de projets. Je ne peux que conseiller aux pouvoirs publics d’écouter le consommateur, de prendre en compte les attentes des nouvelles générations d’intégrer le digital et de s’appuyer sur l’expertise des sociétés privées à même d’investir à leur cotés.

L’avenir du commerce se joue-t-il selon vous en centre-ville ou en périphérie ? Peut-on imaginer une nouvelle forme de complémentarité à terme ?

Il est difficile d’avoir une réponse unique à cette question, car il y a plusieurs France, d’un côté celle des grandes métropoles, de l’autre celle de nos villes moyennes et de nos campagnes. C’est souvent dans cette dernière catégorie que les déséquilibres sont les plus grands. Une périphérie qui a concentré les investissements en commerce et un centre-ville qui n’a pas anticipé les attentes des consommateurs sur des sujets aussi primaires que la circulation, le stationnement, les équipements culturels, les animations. Périphérie et centres villes doivent et peuvent coexister, elles sont complémentaires mais elles doivent toutes les deux se réinventer.

 

*conseils et de prestations de services à destination des propriétaires d’actifs commerciaux.