Quartier des Rives du Bohrie à Ostwald Strasbourg
Publié le 23.08.22

Près de Strasbourg, un éco-quartier en forme de « laboratoire grandeur nature »

En périphérie de Strasbourg, un ambitieux projet mixte de 1 500 logements se concrétise dans un cadre exceptionnel. L’éco-quartier des Rives du Bohrie à Ostwald, commune de 12 000 habitants, est aménagé sur un site inondable, aux abords d’un étang verdoyant. Plongée dans un site reconnecté à la nature.

Située dans la première couronne de Strasbourg, la ville d’Ostwald porte depuis près de trois décennies un projet de développement axé autour d’un élément inévitable : l’eau. Alors que 78 % du territoire communal est inondable, ce nouveau quartier est lui-même entouré par des zones humides, un cours d’eau et surtout un étang dont il tire son nom, les Rives du Bohrie.

Desservi par le tramway reliant le centre-ville de Strasbourg en 15 minutes, ce quartier bas-carbone construit sur une friche agricole a accueilli ses premiers habitants en 2014. Récompensé deux ans plus tard par le label ÉcoQuartier, le site autrefois considéré comme périphérique, fait désormais figure de petit centre : il concentre désormais une crèche, un groupe scolaire, une salle multiactivités pour la pratique physique individuelle et un commerce d’alimentation bio, en attendant de futurs services.


À lire aussi


Espèce protégée

Avant le démarrage des constructions, un processus de renaturation a été élaboré par Linder Paysage, en misant sur l’aménagement du sol et la plantation d’environ 7 000 boutures. La diversité biologique est ainsi permise avec un minimum d’entretien – la végétation autonome est privilégiée – tout en proposant des îlots de fraîcheur. Aux côtés de la ville d’Ostwald et de l’Eurométropole de Strasbourg, la maîtrise d’ouvrage est assurée par une SAS composée à parts égales de deux aménageurs, Nexity-Aménagement Foncier et CM Aménagement Foncier. « Le pilier du projet, c’était l’intégration de la nature dans l’opération », se souvient Thomas Maguin, directeur d’agence Nexity Foncier Conseil Alsace. « Sur les 50 hectares de ce site inondable par submersion et remontée de nappes, seuls 18 hectares sont urbanisés, le reste est dévolu à la nature ».

De son côté, le Conservatoire des Sites Alsaciens assure un suivi écologique du site à long terme, en étudiant les évolutions d’habitats naturels, notamment ceux d’une espèce protégée appréciant particulièrement les zones humides : le crapaud vert.

Sur les 50 hectares de ce site inondable par submersion et remontée de nappes, seuls 18 hectares sont urbanisés, le reste est dévolu à la nature

La ville à quai

Comment « penser la ville par le paysage » ? Dès 2003, l’urbaniste, paysagiste et architecte Catherine Linder s’est attaquée à cette problématique. Son agence, missionnée pour la maîtrise d’œuvre urbaine et des espaces publics, a depuis imaginé « une forme architecturale qui participe à la mise en scène de l’eau ». Le principe : envisager « la ville à quai », avec une lisière urbaine dense, dessinée par la géographie et l’inondabilité, face à la nature. On parle d’ailleurs de « l’île » pour qualifier l’îlot G (360 logements) constitué de 5 pontons surplombant la prairie humide. Pour contrer la montée des eaux, ces structures bois « accrochées » au quai sont construites sur pilotis.

Lysianne, habitante du quartier depuis l’été 2016, s’enthousiasme pour ce cadre exceptionnel tout en remarquant parfois quelques malentendus chez d’autres riverains. « Nos espaces verts ne sont pas des terrains de golf, on laisse pousser les plantes pour qu’elles récupèrent l’eau et par respect pour la faune, mais certains ont du mal à le comprendre et peuvent avoir l’impression que ce n’est pas entretenu, trop sauvage », pointe-t-elle. D’où l’importance de la pédagogie et du dialogue, indispensables pour préparer les nouveaux venus à leur environnement. C’est l’une des raisons d’être de l’association d’habitants du quartier fondée en 2020 après une mission de concertation citoyenne.

Des mobilités repensées

La question des transports est centrale dans la labellisation ÉcoQuartier obtenue par les Rives du Bohrie. Sur les lieux d’une part, où l’îlot central déjà évoqué est ainsi intégralement piétonnier, avec un stationnement via parking silo privé. Comme ailleurs dans cet espace soucieux de son empreinte écologique, les mobilités douces (marche, vélo, transports en commun) sont favorisées, et chaque foyer n’est censé disposer que d’une seule voiture. « Leur nombre a été augmenté à 1,2 par logement, pour prendre en compte certaines situations spécifiques », précise Thomas Maguin. L’aménageur a ainsi financé deux places de stationnement pour voitures en autopartage Citiz accessibles en libre-service via une offre découverte proposée aux résidents. De manière générale, les espaces de circulation et de stationnement aérien dévolus à la voiture sont réduits au strict minimum. « Nous avons rédigé une charte de l’éco-citoyen qui permet aux promoteurs d’expliquer clairement à leurs clients que venir habiter ici nécessite d’adhérer à cet état d’esprit », résume Thomas Maguin.

Une ambition énergétique

Mieux connectées à la nature et au reste de l’agglomération strasbourgeoise, les Rives du Bohrie sont également ambitieuses d’un point de vue énergétique. Le chauffage des logements du quartier, ainsi que l’eau chaude sanitaire, est assuré par un réseau de chaleur collectif fonctionnant à 80 % avec des énergies renouvelables (géothermie, biomasse). La chaufferie qui alimente ce réseau est située sur le quartier voisin des Tanneries aménagé par Nexity Foncier Conseil, sur la commune de Lingolsheim.

En période de hausse des prix liée au contexte international, la politique énergétique des Rives du Bohrie ne fait pas seulement du bien à l’environnement, mais également au porte-monnaie. « Je paye les mêmes charges que pour mon ancien logement pourtant deux fois plus petit », note Lysianne, qui apprécie également son logement en période de télétravail. « En été, en baissant les stores, la température ne dépasse pas les 25 degrés pendant les grosses chaleurs alors que je suis exposée plein sud, avec des baies vitrées partout ! ».

Un incendie a détruit en juillet 2022 un immeuble et cinq maisons dans l’éco-quartier des Rives du Bohrie à Ostwald. Nexity témoigne sa solidarité à tous les habitants et aux riverains impactés par ce sinistre.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…