Production d'énergie en ville
Publié le 01.02.24 - Temps de lecture : 3 minutes

Logements, bâtiments publics, commerces, ces nouveaux lieux de la production d’énergie

L’autoconsommation et la production d’énergie en ville représentent un levier important pour la transition énergétique des territoires. Un défi technique, mais aussi financier et réglementaire.

Entre 30 et 300 % de hausse depuis 2021. Dès l’été 2022, l’Association des maires de France (AMF) et la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) alertaient sur la stupéfiante augmentation du budget énergétique des collectivités. Face à une telle envolée des prix, beaucoup de territoires se sont engagés, l’hiver dernier, dans un plan de sobriété visant à limiter leurs factures, en réduisant au maximum l’impact sur la qualité de vie de leurs populations. Si cette mobilisation a contribué à une baisse globale de la consommation d’électricité en France (-9 % entre octobre 2022 et février 2023 selon RTE), la transition énergétique ne pourra se limiter à cette seule sobriété dans les prochaines années.


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La production d’énergie en ville fait partie des pistes d’amélioration. Tout comme l’installation de panneaux solaires par des particuliers (325 939 unités au deuxième trimestre 2023 selon Enedis), l’autoconsommation collective gagne ainsi du terrain. À la fin du deuxième trimestre 2023, le nombre d’installations d’autoconsommation collective atteignait 224 en France (contre 6 en 2018). Les collectivités représentent près de 60 % de ce total, suivies des bailleurs sociaux et de groupements d’entreprises. « Même si l’autoconsommation électrique locale est encore au début de son développement, son modèle est déjà économiquement viable, assure Thomas Lawson, fondateur de Faradae, une société spécialisée dans le financement de centrales photovoltaïques en autoconsommation. Nous aidons les acteurs impliqués à surmonter des freins juridiques. »

Créer des communautés énergétiques locales

 

À l’échelle nationale, l’autoconsommation affiche de nombreux avantages. D’abord, elle permet de déployer des énergies renouvelables, même dans des endroits denses (villes, zones d’activité…). En outre, elle ne nécessite pas l’expansion des grands réseaux de transport d’énergie. Elle dilue également le risque de grandes défaillances en réduisant la centralisation de la production. Des bénéfices nationaux qui viennent en complément de ceux constatés sur le terrain. « L’autoconsommation permet aux acteurs locaux de participer à une expérience collective et collaborative en rejoignant une communauté d’acteurs engagés dans la transition énergétique. Pour les municipalités, cela représente un moyen concret de mettre en œuvre leurs engagements en matière environnementale et de communiquer ces efforts auprès des citoyens », résume Vincent Kirklar, PDG d’Immostef, filiale immobilière du leader européen des services de transport et de logistique sous température contrôlée.

En matière d’autoconsommation, le secteur de la logistique fait figure de pionnier. Dès juillet 2021, des professionnels du domaine ont signé une charte d’engagements réciproques avec les ministères de la Transition écologique, du Logement et de l’Industrie, fixant un objectif de déploiement moyen de 50 % de panneaux solaires photovoltaïques sur leurs nouveaux sites en trois ans. Bien au-delà du seuil de 30 % prévu par la réglementation. « Si Afilog et la filière de l’immobilier logistique lancent le déploiement massif de centrales solaires sur le toit des entrepôts, c’est que ces derniers sont des objets architecturaux tout indiqués pour remplir ce rôle de production d’énergie renouvelable locale. Ils maillent déjà les territoires, disposent de larges surfaces bâties avec des dimensions qui leur permettent d’atteindre rapidement une puissance utile pour les besoins locaux (logements, entreprises, industrie…) ». Autrement dit : les entrepôts peuvent non seulement produire de l’énergie renouvelable pour eux-mêmes, mais aussi alimenter le chauffage et l’éclairage de leurs voisins.

« Il ne s’agit pas d’opposer les énergies entre elles mais de tirer le meilleur parti de chacune. »

Des start-up de l’énergie au service des territoires

 

Mais l’énergie solaire n’est pas la seule option pour la production énergétique locale. La société Celsius Energy explore ainsi les atouts de la géoénergie (ou géothermie de surface). Sa solution consiste à valoriser les calories présentes dans les 200 premiers mètres du sous-sol pour chauffer et rafraîchir les bâtiments via un échangeur géothermique fermé et une pompe à chaleur. « La chaleur de la Terre est une ressource abondante, disponible en permanence et qui ne souffre pas des aléas climatiques. C’est l’énergie du bon sens, s’enthousiasme Cindy Demichel, CEO et cofondatrice de Celsius Energy. Notre solution permet de couvrir les besoins thermiques de tout type de bâtiment, en neuf comme en rénovation. Elle est particulièrement pertinente pour les collectivités. Je pense notamment aux hôpitaux, aux écoles, aux logements sociaux, aux résidences seniors, aux équipements sportifs et culturels, où les enjeux sont importants en termes de confort d’été et d’hiver, mais aussi de facture énergétique. »

Pour convaincre, la dirigeante compte notamment sur la discrétion de ses installations souterraines, qui permettent de diviser par dix ses émissions de CO2. Les projets en cours de cet industriel de la transition ? La décarbonation du parc immobilier d’une chaîne d’établissements médicalisés et des projets pionniers : un grand champ de sondes géothermiques pour la ZAC Ferney Genève Innovation (Ain) et la création d’un réseau de géoénergie pour un vaste éco-quartier à Framingham (États-Unis).

Changer de paradigme

 

Besoins identifiés, acteurs engagés, technologies éprouvées… L’avenir de l’autoconsommation serait donc assuré ? Pas si vite. « Les textes régissant la consommation collective d’une production d’électricité locale sont complexes et leur mise en œuvre est aujourd’hui longue et laborieuse. Le périmètre d’application pourrait également être étendu afin d’élargir le cercle des producteurs et des consommateurs potentiels faisant partie d’un même système d’autoconsommation électrique », souligne Vincent Kirklar.

D’autres freins sont constatés sur le terrain, comme le coût d’usage des réseaux de transport ou la fiscalité. « Il ne s’agit pas d’opposer les énergies entre elles, mais de tirer le meilleur parti de chacune en les combinant », conclut Cindy Demichel.

Envies de ville : des solutions pour nos territoires

Envies de ville, plateforme de solutions pour nos territoires, propose aux collectivités et à tous les acteurs de la ville des réponses concrètes et inspirantes, à la fois durables, responsables et à l’écoute de l’ensemble des citoyens. Chaque semaine, Envies de ville donne la parole à des experts, rencontre des élus et décideurs du territoire autour des enjeux clés liés à l’aménagement et à l’avenir de la ville, afin d’offrir des solutions à tous ceux qui “font” l’espace urbain : décideurs politiques, urbanistes, étudiant, citoyens…

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